Fraude sur le tonnage des navires

 

Photo : WG7000 MarineTrafic.com


Selon la Cellule d’étude et de planification du Ministère de la Pêche, la fraude sur le tonnage des navires de pêche industrielle au Sénégal est une vérité. Elle avait dévoilé une liste de 27 chalutiers considérés comme suspects.

A l’image des secrets insondables de la mer, le pillage sur le grand bleu est resté juste une approximation maximale des experts. Au mois de mai dernier, l’ONG environnementale Greenpeace publiait un rapport intitulé « Arnaque sur les côtes africaines : la face caché des compagnies de pêche chinoises et des sociétés mixtes au Sénégal, en Guinée et Guinée Bissau ». Ce rapport de 31 pages dévoilait l’étendue de la fraude pratiquée sur le tonnage de certains navires battant pavillon chinois et sénégalais (avec des intérêts chinois) dans les eaux des trois pays cités.

En vérité, l’Etat connaissait déjà ces pratiques frauduleuses. Car, un document exclusif du Ministère de la Pêche et d es Affaires maritimes prouve que les autorités étaient bien au courant de ces faits depuis 2006. Mais, elles n’ont rien fait pour arrêter cela. Cette « Note sur l’audit du pavillon de la flotte de pêche déverbale côtière et la situation de mise en oeuvre de ses recommandations », élaborée par la Cellule d’étude et de planification (Cep) du Ministère de la Pêche et des Affaires maritimes, dit : « (…). Après quelques contrôles sur place (port) et des estimations de nouvelles mesures, une liste de 27 chalutiers considérés comme suspects quant à leur tonnage a été dressé. (…) Les jauges de certains navires sont manifestement erronées. La flotte de Sénégal Armement en est une parfaite illustration. »

Depuis la fin de l’audit du pavillon, en 2006, le Ministère de la Pêche et des Affaires maritimes était informé que des doutes existait sur le tonnage déclaré de certains navires de pêche et que la compagnie Sénégal Armement avait été pointée du doigt par les enquêteurs de la Cep. Il s’agit de la compagnie que le rapport de Greenpeace, publié au pois de mai dernier, avait épinglé pour fraude au tonnage. La société Sénégal Armement est une société mixte mise en place par des partenaires sénégalais et la China National fichées Corporation (Cnfc). Au Sénégal, la Cnfc exploite, par le biais de sa représentation (Sénégal Armement), 12 navires de pêche qui auraient tous des tonnages déclarés qui seraient manifestement erronés.

D’après ce rapport, entre 2000 et 2014, le manque à gagner occasionné par les licences non payées par la Cnfc a été estimé à plus de 371 millions 404 mille 800 francs Cfa au Sénégal. « Les pertes réelles sont-elles probablement beaucoup plus importantes car ce chiffre ne concerne que les 15 dernières années sur 30 ans d’opérations de la Cnfc au Sénégal et ne s’applique qu’aux navires pour lesquels Greenpeace Afrique a pu estimer le Tb réel », explique Greenpeace dans le document. Selon l’organisation, cette estimation ne tient pas compte ni de l’impact de cette fraude sur les écosystèmes ni la valeur du poisson pêché illégalement par la Cnfc grâce à un accès aux zones de pêche côtières essentielles pour la pêche artisanale et la subsistance des communautés locales.

Source : Bocar SAKHO, Le Quotidien du vendredi 23 au Dimanche 25 Octobre 2015.

 

Note sur l’audit de la flotte de pêche démersale côtière et la situation de mise en oeuvre de ses recommandations, par la cellule d’étude et de planification du Ministère de la Pêche et des Affaires maritimes : Audit de la flotte.pdf

 

 

 

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