Relecture du discours du Président de la République lors de la 57ème célébration de la fête de l’Indépendance

Photo : Aprapam

 

Ce 3 Avril 2017, le Président Maky Sall a délivré un discours à la nation de haute facture, qui dénote son engagement pour la protection et l’émergence des masses laborieuses dont la survie dépend exclusivement de l’exploitation et de la valorisation des ressources naturelles.

« Cette année, fidèles au concept Armée-Nation, nous célébrons la fête de l’indépendance sous le thème du rôle des Forces de défense et de sécurité dans la protection de l’environnement. Ce thème nous interpelle par son actualité. Nos ressources naturelles, faut-il le rappeler, constituent la substance vitale de notre base productive, sans laquelle il ne peut y avoir ni croissance, ni développement. »

 

1. Le secteur de la pêche se félicite de cette déclaration et remercie le Président de la République pour sa lucidité dans le choix du thème relatif au rôle des forces de défense et de sécurité dans la protection de l’environnement. Tous les acteurs de la pêche sénégalaise reconnaissent que la sardinelle ou yaboye constitue «la substance vitale de la base productive du secteur » : nous affirmons tous que sans sa présence, il ne peut y avoir ni croissance, ni développement du secteur, ni émergence du pays. Elle constitue la base d’une multitude d’activités et d’emplois, la base essentielle de fourniture de protéines à bon marché, le socle de l’économie halieutique car importante source de revenus et de devises.

 

2. Pour faire la connaissance de cette ressource, consultons les données scientifiques disponibles et interrogeons les menaces qui pèsent sur ce «pétrole bleu » du Sénégal :

2.1 : Les données sur la sardinelle : la sardinelle regroupe deux espèces, la sardinelle ronde (meureuque) et la sardinelle plate (tass) qui sont migrantes donc en partage avec les pays voisins.

Les récentes évaluations de stocks faites par les experts et scientifiques regroupés autour de la FAO montrent une nette tendance à la baisse des biomasses disponibles dans la sous-région comprise entre la Mauritanie et la Guinée, d’où la raréfaction de la sardinelle constatée au Sénégal. Le sous-comité scientifique FAO/COPACE a conclu en octobre 2016 à une surexploitation de la sardinelle dans la sous-région et recommandé de réduire l’effort de pêche pour tous les segments de la filière : cette recommandation est reconduite depuis les évaluations de 2010.

Les débarquements de sardinelles sont de 745 000 tonnes annuelles en moyenne entre 2009 et 2013 selon la FAO : ils ont atteint 801 000 tonnes en 2014 et les experts de la FAO ont dénoncé un état de surpêche. Au Sénégal, la pêche artisanale a débarqué en moyenne 220 000 tonnes entre 2010 et 2015 : elle a réalisé 247 000 tonnes en 2013 alors que la pêche artisanale en Mauritanie a envoyé 307 000 tonnes de sardinelles aux usines de farine de poisson. Ces quantités ont vraisemblablement baissé en 2016 avec l’arrêt des activités des sennes tournantes en Mauritanie.

La flambée des prix des sardinelles sur les plages constitue une grosse alerte pour le consommateur. De 1 000 à 3 000 francs la caisse de sardinelle ronde de 50 kilogrammes dans les années antérieures, celle-ci est passée en janvier 2017 à 30 000 francs à Mbour et Kaolack, 32 000 à Touba et 35 000 à Tambacounda. Or cette sardinelle constitue l’espèce la plus consommée actuellement par les ménages.

 

2.2 : Risques et menaces :

« Or, partout dans le monde, ces ressources se raréfient, sous l’effet combiné d’une exploitation effrénée et de pratiques illégales. »

Cette remarque s’applique parfaitement aux ressources en sardinelles au Sénégal où les risques et menaces sont multiples :

- changements climatiques se manifestant par les pertes d’habitats côtiers et par la baisse de la durée et de l’intensité de l’upwelling principale source d’enrichissement du milieu, baisse notée depuis les années 1995-1997 ;

- pollutions des eaux dues aux activités humaines avec les menaces relatives à la future exploitation des hydrocarbures off-shore ;

- pêche illégale non déclarée non enregistrée (pêche INN) qui prend une ampleur liée à l’insuffisance des moyens de contrôle et de suivi de la ressource et de son exploitation ;

- inefficacité dans l’application des mesures de gestion, gestion non transparente et non participative du secteur : alors que l’Etat négocie l’octroi de licences pour les pêcheurs artisans exerçant en Mauritanie, en Gambie et ailleurs, des autorisations de pêche ont été accordé à des bateaux étrangers en 2012 ;

- devant la difficulté d’accès à la sardinelle sur les plages, les autorités acceptent l’implantation d’usines sur les plages, certains d’entre elles faisant de la farine de poisson à partir de la sardinelle.

Ces menaces, et d’autres comme l’exportation anarchique de la sardinelle en frais ou transformée, font que les acteurs ont des difficultés à accéder à la ressource, tant en mer que sur les plages.

 

3. Solutions :

3.1 : Mesures prises par les autorités :

« La préservation de notre environnement n’en est que plus urgente ; qu’il s’agisse de la lutte contre la pollution, la pêche illicite et la déforestation, entre autres périls. Elle revêt le même ordre de priorités que la défense de la souveraineté nationale et de l’intégrité du territoire.» Par conséquent, j’ai ordonné à nos Forces de défense et de sécurité de poursuivre avec vigueur les actions déjà engagées dans ce sens. Le gouvernement continuera de mobiliser tous les moyens nécessaires à cet effet, en matière d’équipements, de formation et d’entrainement. Je souhaite que tous, ensemble, dans un élan civique et patriotique, nous participions à cette œuvre salutaire de sauvegarde de notre patrimoine environnemental commun. »

Cette prise de position au plus haut sommet de l’Etat est à magnifier, tout autant que la décision courageuse prise par le Chef de l’Etat le 30 avril 2013 de mettre un frein à l’exploitation de la sardinelle par les bateaux russes et ukrainiens. Dans le même ordre d’idée, le Président a engagé le Sénégal le 3 février 2016 à adhérer à l’initiative de transparence dans les pêches (FiTI) et a doté récemment la marine nationale de 3 patrouilleurs de haute mer et de 6 vedettes côtières pour contribuer à une surveillance plus efficace des eaux et des ressources halieutiques du pays.

3.2 : Contribution d’APRAPAM :

Lors du conseil des ministres de février 2017, « le Chef de l’Etat invite le Gouvernement à déployer une campagne de sensibilisation des acteurs de la pêche, notamment, sur le respect du dispositif législatif et règlementaire national, ainsi que des accords sous régionaux et bilatéraux, signés par le Sénégal ».

Dans le cadre de l’exécution de son programme d’activités, APRAPAM participe à la sensibilisation et à la responsabilisation des acteurs à la base en prenant diverses initiatives avec ses partenaires, à partir d’un diagnostic des maux dont souffre le secteur: surcapacité des moyens de capture et intensification de l’effort de pêche, ressources côtières pleinement et même surexploitées, inexistence de plans d’aménagement compatibles avec le potentiel d’exploitation des ressources disponibles, inefficacité des systèmes de surveillance et de contrôle des pêcheries, pillage des ressources à travers la pêche illicite, non autorisée et non déclarée, insuffisance d’infrastructures de débarquement et de commercialisation, lacunes dans l’organisation et la formation des acteurs, impacts négatifs des changements climatiques sur les zones côtières, les ressources et les communautés…

 

Depuis 2010, des rencontres sont organisées en vue d’informer, de sensibiliser et de renforcer les capacités des acteurs professionnels de la pêche artisanale pour leur promotion dans le secteur.

  • premier forum le 31 juillet 2010 sur la Bonne Gouvernance (cas de la cogestion), la Problématique du financement de la pêche artisanale et la Valorisation des captures ;
  • deuxième forum le 04 juillet 2011 sur la contribution de la Pêche Artisanale à la sécurité alimentaire et à la lutte contre  la pauvreté ; la surveillance participative des ressources halieutiques ;
  • journée de Réflexion des Acteurs de la Pêche Artisanale (07 avril 2012) pour faire un diagnostic du secteur de la pêche au Sénégal et de la pêche artisanale en particulier ;
  • troisième forum le 04 Juillet 2012 sur le rôle de la recherche dans la gestion durable de la ressource halieutique. quel impact sur la pêche artisanale ?
  • journée de Réflexion le 18 décembre 2012 sur l’agrément national du Sénégal pour l’exportation des produits de la pêche dans les pays de l’Union Européenne ;
  • panel le 20 mars 2013 sur la gouvernance des pêches ;
  • panel le 23 novembre 2013 sur la transparence et la cogestion dans le secteur des pêches maritimes au Sénégal ;
  • quatrième forum le 08 janvier 2014 sur les Menaces sur les petits poissons pélagiques : la parole aux professionnels ;
  • cinquième forum le 07 janvier 2015 : sur les «Enjeux de l’exploitation et de la valorisation des ressources pélagiques et  de la place de celle-ci dans la sécurité alimentaire : la parole aux professionnels» ;
  • sixième forum le 19 mai 2016 sur la Transparence dans la gestion des pêches au Sénégal ; quelles stratégies pour le développement durable de la pêche ?

 

Parmi les mesures phares proposées par APRAPAM et ses partenaires à l’issue de ces rencontres, on peut insister sur les plus marquantes et relatives aux ressources :

  • déclarer 2017 année africaine de la pêche artisanale, une initiative de la CAOPA ;
  • réserver au Sénégal l’exploitation des sardinelles à la pêche artisanale ;
  • inviter l’Etat à faire appliquer les mesures de gestion et les textes juridiques et réglementaires ;
  • exhorter les autorités à prendre en compte les recommandations de la FAO relatives à la réduction de l’effort de pêche sur les sardinelles ainsi que les Directives volontaires pour une pêche artisanale durable ;
  • demander à l’Etat d’appuyer les efforts de la CAOPA et de la CSRP pour une meilleure gestion des ressources pélagiques partagées à travers des plans d’aménagement régionaux ;
  • interdire l’implantation d’usines sur la plage et surtout toute utilisation de poisson pélagique, surtout les sardinelles, à la production de farine de poisson.

 

4. Conséquences en cas de non application de ces mesures :

Les observations faites par les experts de la FAO, les scientifiques nationaux, les acteurs de la pêche ainsi que par les consommateurs sénégalais signalent une raréfaction, une pénurie et une absence de sardinelles dans nos eaux, sur nos plages et dans les assiettes.

Il suffit de prendre l’exemple sur la chaine d’exploitation et de valorisation de la sardinelle pour estimer le poids social de l’activité des sennes tournantes : différents acteurs gagnent leur vie directement ou indirectement grâce aux activités de la pêche de sardinelles.

Le charpentier : en charge de la fabrication des pirogues, emploie au moins sept personnes ; Les pêcheurs : la senne tournante utilise au moins quarante pêcheurs ;

Les personnes intermédiaires après capture : il y’a au moins sept personnes qui sont chargés de prendre la prise pour l’acheminer suivi par le pointeur de la pirogue, puis au moins vingt personnes assurent le remplissage des casiers destinés au mareyeur ;

Les mareyeurs : chacun engage au moins un chauffeur, un apprenti, un pointeur, un convoyeur et sept manutentionnaires en vue d’acheminer les produits dans les différents sites de distribution. Une autre personne est chargée de livrer la glace pour la conservation et elle dispose d’un camion avec un chauffeur et son apprenti ;

Les transformatrices : chacune fait travailler au moins deux porteurs, un charretier, deux aides, deux écailleurs, deux aides pour étaler sur les claies et deux pour conditionner et emballer ;

Les charretiers sont aussi sollicités dans le circuit de distribution des captures ;

Les gargotières gagnent leur vie grâce aux différents acteurs qui s’activent dans le site ;

Les mécaniciens : Ils sont deux, celui qui répare les moteurs hors-bords et celui qui s’occupe des pannes du camion frigorifique ;

Les vulcanisateurs réparant les pneus des charrettes et des camions frigorifiques ;

Les micro mareyeuses assurent les ventes aux consommateurs.

Outre ces acteurs, il faut compter les rinceurs de bac, les écailleuses de poisson, les soudeurs, les forgerons, les personnes qui ont des «pousse-pousse», les vendeurs (de crédit téléphonique, de sachets plastiques, d’appât) et aussi les vendeurs de matériel de pêche qui ont des magasins aux alentours du site du quai de pêche.

Ainsi une seule senne tournante en activité peut mobiliser plus d’une centaine de personnes, chacune d’entre elles ayant derrière une famille à nourrir. En avril 2015, le CRODT a recensé 2101 pirogues porteuses de sennes tournantes, d’où un potentiel humain de plus de 200 000 personnes vivant des activités de pêche de ces unités. On ne dispose pas de données fiables  sur le nombre d’unités de pêche qui vont retourner au Sénégal suite à l’arrêt des accords avec la Mauritanie et l’octroi des 250 permis pour la pêche en Gambie.

Si aucune des mesures avancées par le Chef de l’Etat dans son discours et lors du conseil des ministres de février 2017, ni celles proposées par les acteurs de la pêche artisanale ne sont suivies d’effets, le sous-secteur de la pêche artisanale va être confronté sous peu à des difficultés pouvant conduire à des catastrophes.

 

 

 

CONTRIBUTION : L’ACCORD DE PECHE «FANTOME» ENTRE LA FEDERATION DE RUSSIE ET LE SENEGAL

Photo : Aprapam

 

″ La  Mauritanie ferme ses eaux aux pêcheurs de Saint Louis tandis que le Sénégal, s’apprête à ouvrir les siennes aux bateaux russes ? ″

 

Rappel

Comme chaque année,  à l’approche de la saison froide, les bateaux russes, en sollicitant des autorisations de pêche au Sénégal,  se rappellent au bon souvenir des sénégalais.  L’accès aux  eaux des pays situés sur la façade atlantique nord-ouest africaine, comme le Sénégal, est d’une importance vitale pour les chalutiers pélagiques russes.

Nous avons été surpris par les propos tenus, à l’Assemblée nationale, par le ministre  de la Pêche et de l’Economie maritime (MEM), lors de l’examen du budget de son département.

En effet, il soutient que des accords de pêche existent entre  le Sénégal et la Russie depuis 2011 et que c’est le protocole d’application qui n’est pas encore signé. L’affirmation de M. le  ministre nous surprend beaucoup et dans les lignes qui suivent, nous allons  développer notre argumentaire.

 

L’accord signé à Moscou en février 2011

Un accord entre la Fédération de Russie et le  Sénégal a, certes, été signé par le ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères lors de sa visite à Moscou du 7 au 9 février 2011. Cet accord  le 8 février 2011  ne  concerne, toutefois, que la coopération en matière de  surveillance des pêches, de recherche scientifique, de coopération entre opérateurs économiques et de formation dans le domaine de la pêche. Il ne prévoit pas du tout, l’octroi de droits d’accès aux zones de pêche  qui constitue la quintessence  de tout accord de pêche.

En outre, pour avoir, personnellement, à la fin des années 70, participé à de nombreuses négociations d’accords de pêche (Italie, Espagne, Union Européenne) nous nous permettons de rappeler qu’un accord de pêche, après sa signature doit être ratifié par le Parlement, puis promulgué par le  Président de la République (PR) et enfin, publié au journal officiel. Nous n’avons pas connaissance qu’une telle procédure ait été suivie avec l’accord du 8 février 2011 qui saurait être un accord de pêche.

A cet égard, nous nous demandons pourquoi :

-        l’annulation à la fin du mois d’avril 2012 des 29 licences de pêche attribuées à des bateaux russes, a-t-elle été faite par simple lettre du ministre de la Pêche et des Affaires maritimes (MPAM) adressée au représentant de la société privée panaméenne Overseas  Express, plutôt que par une dénonciation formelle ;

-        dans l’accord du 8 février 2011, nulle part l’octroi de droits de pêche n’est prévu ;

-        par lettre du 10 février 2011, le MEM a demandé au Président de la République (PR) de la première alternance, l’autorisation pour l’établissement de licences de pêche pour exploiter des ressources pélagiques. Ce PR par courrier du 1er mars 2011, lui a répondu favorablement ?

-        le même MPAM avait-il à saisir le Conseil des ministres en décembre 2012, pour demander l’autorisation de faire revenir les bateaux russes  expulsés, 9 mois auparavant ?

-        au conseil interministériel sur la pêche tenu le 18 juin 2013, le MPAM a posé, une nouvelle fois, le problème du retour des bateaux russes. La recommandation issue de cette instance a été de procéder d’abord à une évaluation de l’impact des opérations des bateaux étrangers ciblant les petits pélagiques sur les ressources et le budget.

Tous les points rappelés ci-dessus portent sur des droits de pêche et l’accord de février 2011 supposé être de ″pêche″, n’y est cité nulle part.

Enfin, comment l’ancien PR (celui de la première alternance) et son MPAM peuvent-ils ignorer l’existence d’un accord de pêche entre la Russie et le Sénégal, signé le 8 février 2011 ? Si cet accord existait vraiment n’en auraient-ils pas parlé ?

 

La sardinelle et son importance au Sénégal.

En 2012, les débarquements de poissons ont été de 447.961 tonnes dont 91% par la pêche artisanale. Les deux espèces de sardinelles (la sardinelle ronde et la plate) ont représenté 55,30 % des débarquements totaux et 61,2 % de  ceux de la pêche artisanale.

S’agissant de l’emploi direct, environ 60.000 pêcheurs artisans ont été dénombrés au Sénégal dont 20 % (soit près de 12 000) relèvent de la seule pêcherie de sardinelles.

En outre, de nombreux métiers connexes (distribution du poisson, transformation artisanale) associés  à la pêcherie de sardinelles se caractérisent par de faibles barrières à l’entrée en termes de capital, de qualification et de savoir-faire et emploient des milliers de personnes.

L’amont de la filière des sardinelles mobilise des milliers de personnes qui exercent des activités d’où ils tirent l’essentiel de leurs revenus. L’importance de la composante féminine dans la transformation artisanale constitue un facteur favorable aux politiques de réduction de la pauvreté.

Enfin, au plan de la sécurité alimentaire, les sardinelles constituent la source de protéine animale la plus accessible en termes de prix et de quantité, face au renchérissement des prix des autres produits d’origine animale et la baisse du pouvoir d’achat accentuée par une croissance démographique rapide qui est de 2,6 %. Dans beaucoup de familles sénégalaises, actuellement, seul le repas de midi  à base de riz au poisson (sardinelles) est assuré.

Continuer la lecture

INCOHERENCES ET INTERROGATIONS

Photo : Aprapam

 

«Le  Sénégal ne risque-t-il pas d’être importateur de poisson dans quelques années? »


Ces mois derniers sont parus dans la presse beaucoup d’articles sur la pêche maritime notamment sur : le manque de poisson, les usines de farine de poisson et la subvention de moteurs hors-bords.

Les statistiques disponibles mettent en évidence plusieurs incohérences dans la gouvernance du secteur et soulèvent, de notre part, plusieurs interrogations. De même, les mesures incitatives prises naguère et à juste raison, semblent, à  présent, non pertinentes. Ces différents points avec d’autres vont être développés dans les lignes qui suivent.

 

Les exportations de petits poissons pélagiques en hausse constante.


En 2015, les exportations totales de produits halieutiques ont été de 188.463 tonnes (T), avec une valeur commerciale de près de 195 milliards de FCFA, soit  par rapport à 2014, une augmentation d’environ 25% en poids et 9,4% en valeur. Il apparait que de 74.022 T en 2006,  les exportations  ont  été multipliées par 2,5 pour atteindre les  188.463 T en 2015.

En outre, entre 2011 et 2015, les exportations de sardinelles rondes, en passant de 3.406 à 40.687T ont été multipliées par 12 et celles de chinchards par 2, en évoluant de 16.519 à 33.234 T. Ces deux espèces sont celles qui agrémentent  le plus, le  riz au poisson servi dans bon nombre de familles sénégalaises, ainsi que dans les petits restaurants qui font le bonheur des travailleurs déjeunant en dehors de leurs  foyers.

Enfin, il faut rappeler, qu’il fut un temps où le Sénégal pouvait se réjouir des résultats de ses exportations. En réalité, ces résultats sont dus aux incitations notamment fiscales accordées  par l’Etat dans le cadre  des régimes francs en vigueur. Eu égard à la forte augmentation des exportations de sardinelles, espèce qui fait le plus, l’objet d’une consommation directe des populations, une réflexion, à la fois, sur les exportations et sur les incitations fiscales, en vue de les réajuster éventuellement, ne doit-elle pas être engagée?

 

Les usines de  farine de poisson.


Pendant plus de 40 ans, il n’existait au Sénégal que deux usines de farine de poisson qui transformaient des déchets de filetage. Après 2010, ce nombre a augmenté et il y en aurait maintenant  près d‘une dizaine.

Devant le nombre d’usines de farine et l’importance des  tonnages de poisson traités au détriment de la consommation humaine, nous nous demandons s’il ne faudrait pas geler l’implantation de nouvelles fabriques d’autant plus qu’au Sénégal, la capacité de production des usines ne semble pas être une préoccupation, alors que cette donnée est importante ? En  effet, il faut «brûler» cinq tonnes de poisson frais, pour obtenir une tonne de farine.

Les exportations de farine de poisson qui n’étaient que de 990 T (4.950 T en frais) en 2006,ont atteint 6.288 T (31.440 T équivalent poids vif)en 2015.A notre avis, les unités en activité devraient être encouragées à  transformer des déchets et en revanche, il leur serait attribuées des quotas de poisson en fonction de la disponibilité de la ressource, des besoins du marché local de consommation en frais et de ceux de la transformation artisanale.

Continuer la lecture

Fraudes présumées sur la jauge des navires de pêche

Photo : Graham Curran – MarineTraffic.com

 

« Il faut être ferme par tempérament et flexible par réflexion »

Dans le cadre de la réduction de la capacité de pêche de la flotte, un audit du pavillon des chalutiers exerçant leurs activités dans les eaux sénégalaises avait été jugé nécessaire. Cet audit a  été effectivement réalisé  mais ses résultats n’ont pas été publiés. Toutefois, la  Cellule d’Etudes et de Planification (CEP) du ministère chargé  de la pêche a  élaboré une note qui retrace toutes les opérations, les recommandations ainsi  que leur état d’exécution  au 11 janvier 2011.

Par ailleurs, en mai 2015, Greenpeace Afrique a publié un rapport, où il s’appesanti  sur des sous-déclarations de TJB identifiées au Sénégal, en Guinée Bissau et en Guinée. Toutefois, dans notre présente contribution nous ne  traiterons que ce qui concerne le Sénégal.

Enfin, le journal « Le Quotidien », dans sa livraison du vendredi  23 octobre 2015, a relayé des informations contenues dans la note de la CEP et relancé, ce faisant, le débat sur la fraude présumée au tonnage.

 

L’audit de la flotte au Sénégal

L’audit de la flotte s’inscrivait, dans le cadre de la préparation d’un plan de réduction de la capacité de pêche chalutière. La mission a été menée par un cabinet français  qui a déposé son projet de rapport final en octobre 2006.

 

Les objectifs spécifiques  de l’audit de la flotte se déclinaient ainsi qu’il suit :

-  faire l’inventaire exhaustif des navires de pêche battant pavillon Sénégalais ;

-  vérifier la conformité de la situation de chaque navire avec les dispositions législatives et réglementaires en vigueur en matière d’acquisition du pavillon national ;

-  évaluer la contribution des armements à la création de la richesse nationale, à la promotion de l’emploi et à l’apport en devises ;

-  réévaluer les caractéristiques techniques des navires.

L’étude devait permettre d’avoir la situation administrative, technique et économique actualisée des bateaux de pêche battant pavillon sénégalais. L’étude a permis, entre autres, de passer en revue  tous les chalutiers battant pavillon sénégalais et de procéder à la vérification, par les structures locales compétentes, du respect des  procédures légales d’obtention du pavillon sénégalais. Ainsi, cent vingt-deux (122) bateaux appartenant à 38 sociétés d’armement ont été contrôlés.

Après quelques contrôles effectués sur place, une liste de 27 chalutiers suspects quant à leur tonnage, a été dressée. Parmi ces 27 navires, cinq (5)  avaient été rachetés par Africamer à trois (3) armements de la place, alors qu’ils avaient déjà été immatriculés sous pavillon sénégalais. Trois de ces bateaux à leur mise à l’eau,  battaient pavillon français, tandis que les deux autres étaient sous la bannière du Japon.

Africamer était une des sociétés ciblées ; elle a été sommée de procéder à un nouveau jaugeage des 5 bateaux et averti, qu’en cas de non-respect du délai qui lui avait été fixé, leurs licences seraient retirées définitivement.

Cette sommation n’était pas nécessaire, le cabinet chargé de l’audit  étant basé à Paris,  avait la possibilité de prendre langue avec la Douane, administration compétente en matière d’immatriculation de navires sous pavillon français et à partir des noms de baptême des bateaux, retrouver leurs actes de francisation et partant leurs caractéristiques techniques.

S’agissant des 2  bateaux d’origine japonaise, ils ont été importés en 1974. A cette époque, un chalutier quel que soit son tonnage, était autorisé à pêcher à partir des 6 milles  marins d’une part et de l’autre, la redevance due au titre de la licence à savoir 7.500 FCFA/tjb/an payables en 3 tranches de 4 mois chacune.

En réponse à la sommation qui lui avait été servie,  Africamer a fait comprendre aux experts qu’ils ne pouvaient pas, sans fournir aucune justification, douter des déclarations et des documents qui leur avaient été présentés. Au surplus et surtout, elle  n’était pas  en mesure de prendre en charge les frais de jaugeage estimés à  20 millions FCFA par bateau.

L’audit de la flotte a abouti en octobre 2006 à  treize recommandations dont deux ont été exécutées. Il s’agit  de la mise en place  du Registre National des pêches et de l’interdiction de toute nouvelle attribution de licence de pêche démersale côtière à des navires devant exercer leurs activités dans les eaux sous juridiction sénégalaise (arrêté  n°5166 du 8 août 2006).

 

Le rapport de Greenpeace Afrique : Arnaques sur les côtes africaines.

Continuer la lecture

Rachat d’AFRICAMER par des opérateurs privés Russes

« On les éconduit par la porte, ils reviennent par la fenêtre »

 

Photo : Aprapam

 

Le quotidien l’OBS du 31 juillet 2015 a annoncé que le liquidateur d’Africamer venait de signer  avec la société Flash Afrique Sea Products (que nous appelons FLASH, une société de droit sénégalais mais appartenant à des opérateurs privés russes), un protocole de reprise de la société en liquidation depuis 2011. Les termes de l’entente préliminaire convenue se résument comme  suit :

 

-        le repreneur compte améliorer les activités d’Africamer « avec un cycle complet de production, de traitement et d’exportation de surgelés, de conserves et de farine de poissons » ;

-        pour faciliter la liquidation, le bail  signé entre Africamer et le port autonome de Dakar (PAD) devrait être renouvelé au profit du repreneur qui, en outre, bénéficierait des  licences de pêche  accordées à la défunte société. Ces deux promesses devraient se concrétiser dans un délai de 2 mois, à compter de la date de signature définitive de la vente, faute de quoi, les 2,7 milliards de FCFA versés par les russes, seraient  remboursés.

Dans les lignes qui suivent  nous allons :

-        faire un rappel  portant sur Africamer ;

-        citer les différentes tentatives des autorités russes pour faire pêcher leurs bateaux dans les eaux sous juridiction  sénégalaise ;

-        développer nos observations sur  les  programmes que FLASH envisage de réaliser au Sénégal, si le rachat  d’Africamer se concrétisait.

 

De Sonafrig à Africamer.

Africamer a été créée en 1979, suite au rachat de l’entrepôt frigorifique SONAFRIG par des opérateurs  privés.

 

Africamer :

 

-        était une entreprise intégrée avec ses 13 chalutiers glaciers et ses 3 congélateurs. Elle occupait, au quai de pêche, une superficie de  20.856 m2 sur laquelle, sont bâtis  sur  12.356 m2 des bureaux, des ateliers, des  unités de production de froid, une fabrique de glace, des chambres froides une chaîne de filetage et de préparation du poisson ;

-         traitait, par an, 20.000 tonnes de poisson et en exportait 12.000, dont 85% vers l’Europe.

-        avait créé 2.425 emplois dont  506 CDI, 219 CDD et 1700 journaliers.

 

Africamer fut la plus importante unité de pêche du Sénégal, en termes de chiffre d’affaires, de création d’emplois et de recettes d’exportation. Elle  a connu, entre 2005  et 2010, des difficultés qui ont entraîné une suite d’arrêts suivis de reprises d’activités éphémères. La société a été, finalement, mise en liquidation le 19 octobre 2011.

 

 

Les tentatives de la Russie d’accéder aux ressources halieutiques du Sénégal.

L’accès des eaux des pays situées sur la façade nord-ouest africaine, comme le Sénégal, est très  importante pour la flotte de pêche lointaine russe. A cet égard, la  Russie déploie beaucoup d’efforts pour avoir l’autorisation de poursuivre les bancs de petits pélagiques, dans les eaux respectives du Maroc, de Mauritanie, de Gambie, du Sénégal et de Guinée Bissau.  Ainsi, chaque année, à l’approche de la saison froide, les autorités russes s’agitent en faisant des propositions aussi saugrenues que la livraison de camions, de fournitures de bureau et l’attribution de bourses d’études, en contrepartie de droits de pêche.

Continuer la lecture

Le Code de la Pêche maritime de 2015

« Adopter des lois bien faites c’est  bien, veiller à leur application correcte et effective c’est encore mieux »

Photo : Aprapam


 

Avant-propos.

A l’entame de  cet article,  il nous semble utile d’apporter deux précisions :

a)    Il  n’existe pas au Sénégal, une zone réservée à la pêche artisanale mais une  frange maritime de 6 milles marins créée par la loi 70-02 du 27/01/1970 et où, l’utilisation du chalut de fond est interdite. Les sardiniers ont le droit de pêcher dans une partie de la zone concernée et les thoniers sur toute l’étendue des eaux sénégalaises ;

b)    La pêche maritime est une activité de cueillette on parle de pêche de capture. L’aquaculture qui est l’élevage de poisson, d’huitres ou de crevettes n’est pas traitée dans le code de la pêche maritime. Il lui faut son  propre cadre législatif et réglementaire.

 

Pourquoi une révision du code de la pêche maritime ?

Pour faire face à des difficultés relatives à l’application de quelques  dispositions  de la loi 98-32 du 14 avril 1998, ainsi qu’à l’apparition de nouveaux principes, concepts et instruments de gestion et de conservation des ressources halieutiques, la mise à jour du cadre législatif existant était devenue nécessaire. En d’autres termes, la révision du code s’inspire des mutations intervenues tant au niveau national, qu’international.

Elle s’est déroulée de mai 2007 à juin 2015, avec la participation des acteurs industriels et artisans. En dépit des récriminations, entendues çà et là, toutes les parties concernées ont été consultée est ont participé aux travaux de la commission ad hoc, mise en place. A titre anecdotique, signalons qu’un représentant de la pêche artisanale dans la commission ad hoc s’est chargé, pendant quelques mois, de la rédaction des comptes rendus de réunion.

 

Présentation de quelques points saillants du code de 2015.

Continuer la lecture

Contribution d’APRAPAM pour l’élaboration et la mise en oeuvre du plaidoyer pour une année africaine de la pêche artisanale

Photo : Aprapam

Problématique de la Pêche artisanale en Afrique

Place et rôle de la pêche artisanale en Afrique

La pêche artisanale africaine est un atout des pays africains face aux défis de développement durable, et est de loin, le principal fournisseur d’emplois du secteur en Afrique. Elle stimule les économies locales, si elle est associée à des politiques de protection sociale et de promotion du bien-être des communautés côtières. Dans la plupart des régions africaines, la capture et le commerce par la filière pêche artisanale offre un « filet de sécurité alimentaire » aux populations les plus démunies.

Les femmes professionnelles actives dans la pêche artisanale africaine sont présentes à toutes les étapes de la filière.  Elles sont le pilier de la cellule familiale des communautés de pêche artisanale africaines. De par leur place dans les communautés côtières, elles sont amenées à jouer un rôle important, aux côtés des pêcheurs artisans, dans la gestion et la résolution des conflits au sein des communautés de pêche, entre communautés, y compris entre communautés de pêche de pays voisins, notamment à travers des initiatives prises par les professionnels de la CAOPA comme les comités conjoints.

 

Le document de la FAO sur la Situation mondiale de la pêche et de l’aquaculture en 2010 nous renseigne de ce qui suit :

 

Importance de la pêche

Au niveau mondial             / En Afrique

  • Armement :  4,36 millions de bateaux            /               479.600 soit 11% flotte mondiale
  • Nombre de pêcheurs : 54,8 millions               /                3.955.000       7,21 %
  • Nombre de femmes : 15% pêche de capture

80 à 90% pêche Continentale

  • Emplois créés : 660 à 820 millions                    /                              200 millions

10 à 12% de la population mondiale      /     19 à 20 % pop. africaine

  • Echanges internationaux : 10% de l’ensemble des exportations agricoles

Soit 1% du commerce mondial (57millions de tonnes, dont 38 millions pour l’alimentation humaine pour une valeur commerciale de 102 milliards de

dollars US.

  • Pêche artisanale :

90% des personnes pratiquant la pêche de capture

Rôle important dans la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté

 

Problèmes

  • Gouvernance : politiques non adaptées ; implique l’élaboration de politiques de nature à favoriser l’adoption de pratiques et de comportements durables.

  • Insuffisances de capacités institutionnelles.
  • Non intégration de la pêche artisanale dans les politiques nationales et régionales de développement ; ce qui entraîne des obstacles à la pleine réalisation de la contribution potentielle du secteur , ce qui suggère en l’occurrence une réforme de la politique africaine  des pêches et sa mise en adéquation avec les nouvelles directives internationales volontaires pour une pêche artisanale durable et leur prise en compte dans les législations nationales.

Le résultat  de cette démarche contribuera dans une large mesure à pérenniser la pêche artisanale et générer divers avantages, en particulier en matière de sécurité alimentaire et de lutte contre la pauvreté.

En effet, les Directives Internationales Volontaires pour une Pêche artisanale Durable encouragent :

  • La bonne gouvernance
  • La responsabilité sociale et la solidarité
  • Une approche de développement axée sur les droits de l’homme, l’égalité des   sexes ainsi que le respect et la prise en compte de tous les partenaires
  • Les organes régionaux de pêche :

Principal mécanisme institutionnel permettant aux Etats d’œuvrer ensemble à la pérennisation de leur ressources communes, les organes régionaux ont, pour la plupart d’entre-eux  du mal à s’acquitter de mandats dans biens des cas inadaptés.

  • La Pêche INN :

Les activités qui s’y rapportent compromettent le succès des actions visant à promouvoir la pêche durable et à améliorer l’état d’adaptation des écosystèmes.

Corrélativement, les pays en développement dont les moyens techniques sont souvent restreints, sont les plus durement touchés par ces pratiques qui limitent leur capacité à gérer efficacement leurs pêches, les privent de revenus et compromettent leurs efforts pour renforcer la sécurité alimentaire, combattre la pauvreté, et assurer aux populations locales les moyens d’existence durable.

Tout ce qui précède implique :

  • La coopération internationale
  • Le renforcement des capacités de gestion des pêches des pays en développement pour mettre  en œuvre efficacement les instruments internationaux existants.

Cet ensemble de mesures est une condition essentielle pour pérenniser les pêches et atténuer les répercussions de la pêche INN.

 

Les  contraintes  et défis de la pêche artisanale en Afrique

  • Zones de pêche

L’essentiel de l’exploitation des ressources halieutiques par la pêche artisanale africaine se fait sur quelques dizaines de kilomètres dans la bande côtière, zone fragile menacée par les changements climatiques et par la pression croissante des activités telles que la pêche et les autres usages du littoral.

  • La mauvaise gouvernance dans la pêche affecte la plupart des pays africains

En particulier, il y a un manque de transparence important au niveau de la gestion du secteur de la pêche, le plus souvent préjudiciable aux communautés de pêche artisanale ; des mécanismes formels de consultation et de participation des acteurs de la pêche dans la prise de décision sont, le plus souvent, absents ou inefficaces. Il existe des limites d’ordre réglementaire dans l’arsenal juridique des pêches dans nos pays, y compris en ce qui concerne les pêcheries artisanales, pour pouvoir assurer une gestion transparente, durable et participative de nos pêcheries, au bénéfice des communautés côtières et des populations.

La gouvernance du secteur des pêches est généralement caractérisée par :

  • Des politiques non adaptées ;
  • L’insuffisances de capacités institutionnelles ;
  • La non intégration de la pêche artisanale dans les politiques nationales et régionales de développement ; ce qui entraîne des obstacles à la pleine réalisation de la contribution potentielle du secteur ;
  • Les organes régionaux de pêche qui représentent le principal mécanisme institutionnel permettant aux Etats d’œuvrer ensemble à la pérennisation de leur ressources communes, ont pour la plupart d’entre-eux  du mal à s’acquitter de mandats dans biens des cas inadaptés ;
  • Un système de gestion des pêches non participatif ;
  • Une inégalité dans la répartition et le partage des avantages issus des ressources ;
  • Une influence forte des politiques en faveur d’autres secteurs économiques tels que le tourisme, l’agriculture, l’énergie, l’exploitation minière, le développement d’infrastructures autres que celles liées à la pêche sur les lieux d’exercice des activités de la pêche artisanale.

Il en résulte une marginalisation de la pêche artisanale et des communautés qui en dépendent souvent victimes de rapports de forces inégaux, d’entraves à l’exercice des droits de l’homme au plan civil, politique, économique, social et culturel qui se traduisent notamment par un accès difficile ou limité aux marchés, à la santé, à l’éducation et d’autres services  sociaux de base, des structures d’organisation insuffisantes et une absence de moyens de subsistance.

  • Accords de pêche et Pêche INN

La Pêche INN :

Les activités qui s’y rapportent compromettent le succès des actions visant à promouvoir la pêche durable et à améliorer l’état d’adaptation des écosystèmes. Corrélativement, les pays en développement dont les moyens techniques sont souvent restreints, sont les plus durement touchés par ces pratiques qui limitent leur capacité à gérer efficacement leurs pêches, les privent de revenus et compromettent leurs efforts pour renforcer la sécurité alimentaire, combattre la pauvreté, et assurer aux populations locales les moyens d’existence durable

Les Accords de pêche :

On assiste à la recrudescence des pressions des pays industrialisés en quête de possibilités de pêche dans les pays ouest africains dont les principaux stocks sont pour la plupart surexploitées. Cette surexploitation est exacerbée  par la plupart des accords de pêche signés par les pays ouest africains avec les pays de pêche lointaine. Ces accords sont basés sur l’existence de surplus non avérés qui accentue la surexploitation des ressources halieutiques.

Ces unités industrielles, dans leur  majorité  ne prennent pas en compte dans le cadre de leurs activités dans les pêcheries africaines les impacts plus larges sur les écosystèmes. Cela entraîne  la détérioration des habitats et des écosystèmes, crée des conflits entre les pêcheurs artisanaux et les armements de pêche industrielle. En outre, ces unités de pêche industrielles manquent de transparence et présentent des risques certains pour la durabilité des activités de pêche artisanale, pour la transformation et la commercialisation des produits halieutiques dans notre continent. Cette présence mets en péril la durabilité de nos ressources.

Les autres possibilités d’accès offertes aux bateaux d’origine étrangère, y compris à travers la création de sociétés mixtes ou le recours aux affrètements, sont opaques, ne présentent aucune garantie ni en termes de bénéfices sociaux et économiques attendus par nos pays, ni en termes de contribution à l’exploitation durable de nos ressources.

  • Baisse des performances économiques et sociales de ces pêcheries

Beaucoup de communautés côtières qui dépendent de la pêche vivent dans la pauvreté, sont exclues de la prise de décision et en marge du développement. De plus, d’autres utilisations des ressources marines, ainsi que des activités de pêche non durables menacent la biodiversité, les écosystèmes marins et les communautés côtières qui en dépendent pour vivre. Corrélativement, la contribution de la pêche artisanale à la sécurité alimentaire et à l’éradication de la pauvreté  et à l’utilisation  durable des ressources est minorée par une mauvaise appréciation et/ou évaluation des réalisations induites.

Un autre phénomène récurrent  est relatif aux effets et impacts des changements climatiques sur les écosystèmes marins et côtiers qui ont des conséquences considérables sur l’abondance et la distribution des poissons, en particulier les petits pélagiques, dont dépendent les populations les plus défavorisées ainsi que leur répercussion sur les communautés de pêche artisanale crée des inquiétudes chez celles-ci sur l’avenir de leurs populations et des activités de pêche artisanale.

Toutes ces contraintes  entraînent une vulnérabilité  au sein des communautés de pêche artisanale en Afrique  particulièrement chez les femmes, qui jouent un rôle central pour garantir la sécurité alimentaire des populations à travers les activités de transformation et de commercialisation des produits de la pêche et, contribuent de façon déterminante au bien-être des familles et à l’éducation des enfants.

Tout ce qui précède implique :

-      La coopération internationale

-   Le renforcement des capacités de gestion des pêches des pays africains  pour mettre  en œuvre efficacement les instruments internationaux existants.

Cet ensemble de mesures est une condition essentielle pour pérenniser les pêches et atténuer les répercussions de la pêche INN.

 

  • Possibilité d’amélioration de la situation de la pêche artisanale en Afrique en

perspective

L’amélioration de la situation de la pêche artisanale en Afrique requiert l’impérieuse nécessité de l’implication des administrations des pêches, des professionnels de la pêche et de leurs organisations, des partenaires au développement, des médias et de toutes les parties prenantes concernées. Celle-ci nécessite par chacun, l’appropriation, de la problématique de la pêche artisanale et son implication dans  la mise en œuvres d’actions tendant à promouvoir le développement durable de ce secteur stratégique pour les pays africains aux plans  économique, social, politique, culturel et environnemental.

A cet égard, l’Afrique jouit de l’opportunité de disposer de deux instruments fondamentaux pertinents :

  • les Nouvelles Directives Internationales Volontaires pour une Pêche Artisanale Durable et ,

 

  • la Réforme des Politiques de Pêche Africaines qui donnent des orientations stratégiques et préconisent  des voies et moyens permettant d’atteindre le but ultime de Développement Durable de la pêche artisanale en Afrique.

 

Photo : Aprapam

Une «  Année Africaine de la Pêche Artisanale ? »

Continuer la lecture

Réserver à la pêche artisanale l’exploitation de la Sardinelle ou Yaboye

Photo : Ivano Trabalza

 

« Ceux qui ont le privilège du savoir, ont le devoir d’agir »

 

Rappel

Chaque année,  à l’approche de la saison froide, les bateaux russes se rappellent au bon souvenir des sénégalais en sollicitant des autorisations de pêche. Les ambitions de la flotte russe qui, jadis, pêchait annuellement 1.500.000 tonnes de petits pélagiques le long des côtes nord-ouest africaines se limitent, désormais,  à pêcher 400.000 tonnes par an.

 

L’accès des eaux des pays situés sur la façade précitée comme le Sénégal, est d’une très grande importance pour les chalutiers congélateurs russes. Aussi, la Russie déploie-t-elle beaucoup d’efforts pour avoir l’autorisation de poursuivre les bancs de petits pélagiques, dans les eaux respectives du Maroc, de Mauritanie, du Sénégal, de Guinée Bissau.

 

En 2010, la Russie, avec la complicité du ministre de l’Economie maritime de l’époque, avait obtenu l’autorisation d’exploiter les ressources pélagiques côtières.

 

En avril 2012, la flotte russe après avoir pêché, à satiété, entre 2010 et 2012 a été sommée de cesser ses activités dans les eaux sénégalaises.

 

En 2013, un accord de pêche a été signé avec la Guinée Bissau, offrant à la Russie la possibilité d’opérer dans la zone commune entre le Sénégal et la Guinée Bissau et d’en profiter, pour faire des incursions dans les eaux du Sénégal. Ainsi  Oleg NAYDENOV a été arraisonné à la fin de 2013 en action de pêche sans autorisation.

 

Cet arraisonnement a soulevé l’ire des autorités russes qui ont convoqué un diplomate de notre ambassade à Moscou, pour une demande d’explications. La presse russe est tombée à bras raccourcis sur le Sénégal, les popovs soutenant qu’Oleg NAYDENOV avait été arraisonné dans les eaux bissau-guinéennes. A ce sujet, ce que les sénégalais ne savent pas, c’est qu’au même moment, la Russie proposait au Sénégal la convocation de la commission mixte prévue par l’accord de coopération Sénégal-Russie. La Russie a également invité notre Premier ministre à  participer à un forum des investisseurs devant se tenir à Moscou, avec la présidence d’une journée dédiée au Sénégal. Ces deux propositions  ont été déclinées.

 

Nouvelle approche de l’Agence Fédérale de Pêche de Russie

Cette année, nous nous demandions, quelle stratégie la Russie allait employer, quand il nous est revenu qu’un opérateur économique de Dakar à la tête d’une société mixte, avait introduit auprès du Ministère de la Pêche et de l’Economie maritime (MPEM) une requête portant notamment sur 10 autorisations de pêche, ainsi que la reprise de la société Africamer, en liquidation.

Continuer la lecture

Les accords de partenariat de pêche durable entre l’Union Européenne et des pays tiers : le cas du sénégal

Photo : Aprapam

« Le poisson devient conscient quand il est déjà dans le filet »

 

L’Union Européenne (UE) a signé avec  des pays tiers, 14 Accords de Partenariat de Pêche Durable (APPD). Onze (11) sont des accords thoniers et trois (3)  des accords mixtes.

La compensation financière annuelle servie par l’UE va de 18 à 70 millions d’euros pour les accords mixtes, tandis que pour les accords thoniers, la contrepartie annuelle oscille entre 435.000 et  5 millions d’euros.

Dans le cas particulier de l’APPD avec le Sénégal, certains compatriotes ont considéré que les eaux sénégalaises allaient être envahies et pillées par des bateaux européens contre le versement d’une compensation financière « insignifiante et humiliante ».

D’autres ont voulu faire croire, à tort, que les 28 thoniers autorisés à pêcher au Sénégal vont augmenter la pression sur la ressource. Pourtant, ces bateaux sont déjà dans la pêcherie étant attributaires de licences de pêche au Gabon et en Côte d’Ivoire. Rappeler que les thoniers senneurs opèrent dans une vaste zone allant  de l’Angola à la Mauritanie et que le stock de thon n’appartient pas à un pays mais à tous et  leur gestion est assurée par un organisme international l’ICCAT.

 

Accords de pêche et satisfaction des besoins en poisson


La CEE d’abord, l’UE ensuite, ont négocié des droits de pêche et mené des actions destinées à sécuriser l’approvisionnement du marché européen en produits de pêche Ainsi, l’UE a :

-        signé des accords de pêche d’abord avec des pays tiers, où de nombreux bateaux européens ne pouvaient plus pêcher  leurs  eaux  étant désormais sous la juridiction de pays souverains. Dans ces accords, les bateaux étrangers ne se souciaient que de pêcher, de payer et de partir. Par contre,  avec les APPD actuels, l’UE parle surtout de partenariat, les possibilités de pêche étant négociées suivant les meilleurs avis scientifiques disponibles et sur l’existence de surplus ;

-        ouvert un chantier portant sur la satisfaction des besoins de l’UE en produits de pêche, besoins  estimés à 13 millions de tonnes, qui ne peuvent pas être satisfaits par la production des pays membres. L’UE recourt à des importations provenant de pays tiers qui représentent 65% de sa consommation.  Ainsi, en sus de la négociation de droits de pêche, l’Union a participé au financement de la mise aux normes d’unités de transformation de produits de pêche existant dans des pays qui exportent sur son marché et leur a également accordé des facilités d’accès avec une exonération du paiement des droits de douane. En outre, l’UE a responsabilisé les autorités des  pays exportateurs compétentes en matière de contrôle sanitaire des produits de pêche qui entrent sur son marché, se limitant à envoyer des missions périodiques de contrôle de l’application des normes sanitaires en vigueur en Europe.

Par ailleurs, l’UE sécurise l’approvisionnement de son marché en octroyant des financements destinés à l’appui à la mise en œuvre de la politique  de pêche des pays tiers (appui sectoriel). Ainsi, l’Union se  montre soucieuse de l’application de mesures assurant la durabilité de la pêche la bonne gouvernance, la surveillance des pêche, la lutte contre la pêche INN et surtout le recherche scientifique.

 

Les Accords de Partenariat de Pêche Durable : une nouvelle approche


Les accords de pêche durable avec les pays tiers établissent un cadre de gouvernance juridique, économique et environnementale pour les activités de pêche menées par les navires de pêche européens dans les eaux des pays tiers. Les  bateaux de pêche de l’Union pêchent uniquement le reliquat du volume admissible des captures déterminé par le pays tiers et établi sur la base des meilleurs avis scientifiques disponibles et des informations pertinentes échangées entre l’UE et les pays tiers concernés relativement à l’effort de pêche total exercé sur les stocks ciblés, afin de garantir que les ressources halieutiques se maintiennent au-dessus des niveaux permettant d’obtenir le rendement maximal durable. Un soutien financier est fourni aux pays tiers afin de  supporter une partie des coûts d’accès aux ressources halieutiques présentes dans les eaux du pays tiers et d’établir le cadre de gouvernance, incluant la mise en place et le maintien des instituts scientifiques et de recherche nécessaires, les capacités de suivi, de contrôle et de surveillance, ainsi que tus les autres éléments permettant de renforcer les capacités d’élaboration d’une politique de pêche durable par les pays tiers.

 

Continuer la lecture

Etat des lieux sur la proposition d’accord de pêche entre l’UE & le Sénégal

Photo : Ivano Trabalza

 

Le Sénégal et l’Union européenne viennent d’initier un protocole d’accord de partenariat de pêche, pour une durée de 5 ans.

APRAPAM a réfléchi aux enjeux d’un tel accord depuis Novembre 2013, – avant que ne débutent les négociations officielles. APRAPAM a été la première organisation de la société civile sénégalaise à publier un mémorandum donnant nos priorités pour les négociations.

Lorsque les résultats des négociations ont été connus, nous avons pu nous procurer le texte du nouvel accord et de son protocole au niveau des institutions européennes. Nous avons ensuite interpellé directement la Commission européenne sur certaines questions préoccupantes, comme l’accès au merlu par deux chalutiers européens, et nous avons obtenu des éclaircissements2.

Sur cette base, nous formulons une série de propositions et demandes, qui ne sont donc pas le fruit d’une mobilisation opportuniste de dernière minute, mais d’une longue réflexion des acteurs réunis au sein de notre association.

 

Lire la suite : Aprapam état des lieux.pdf

 


Polémique autour de l’accord de partenariat durable entre l’UE et le Sénégal

Photo : Aprapam

 

« Les deux ennemis de la vérité ne sont-ils pas le peu et le trop? »

Ces derniers temps, la pêche maritime fait » la une » des médias locaux.  Le nouvel accord de pêche ainsi que son protocole d’application qui ont été paraphés, le 25 avril dernier,  entre l’Union européenne et le Sénégal  est l’objet de vives critiques émanant des professionnels de la pêche et de beaucoup de sénégalais, qui, le plus souvent mal informés, considèrent que les ressources halieutiques sénégalaises vont être pillées contre une contrepartie financière dérisoire.

Dans les lignes qui suivent nous allons faire connaître notre part de vérité.

 

les critiques


Elles sont nombreuses  mais à notre avis une seule d’entre elles, à l’origine du déferlement médiatique nous paraît recevable ; Cette critique, c’est la non-participation des acteurs et des ministères chargés respectivement des Finances et des Affaires étrangères aux négociations tenues à Dakar du 23 au 25 avril 2014.

Continuer la lecture

LA SAGA DES BATEAUX RUSSES AU SENEGAL : CAS SINGULIER D’OLEG NAYDENOV

« Le serpent change de peau, non de nature »

 

Photo : MarineTraffic.com

 

CONTEXTE

Ces trois dernières semaines, un nom revient tous les jours dans  la presse écrite, les radios,  ainsi que  dans la presse en ligne locale comme étrangère. Ce nom est celui d’un des chalutiers pélagiques russes, que l’ancien MEM a subrepticement introduit dans la ZEE sénégalaise, en signant avec leurs consignataires des protocoles d’accord sans base juridique, parce que non conformes au code de la pêche. Sur cette base, l’intéressé a délivré pas moins de 44 autorisations de pêche à des bateaux dont la majorité bat pavillon russe.

Ces chalutiers pélagiques congélateurs poursuivent du Maroc à la Guinée Bissau, le stock adulte des petits pélagiques côtiers, dont le schéma migratoire a été décrit  par BOELY, depuis 1978. Après avoir séjourné dans les eaux marocaines,   puis dans celles de la Mauritanie, ces petits pélagiques côtiers se sont invités dans les eaux sénégalaises où elles resteront de décembre à mai.

Il convient de signaler que les armateurs  russes ont signé un accord de pêche avec le Maroc en février 2013 et sont encore en négociation avec la Mauritanie. Avec le Sénégal, ils rencontrent des difficultés d’un tout autre ordre. De notre humble point de vue, le Sénégal ne devrait pas signer d’accord de pêche  avec la Russie pour les raisons suivantes :

 

  • à la différence des 2 pays précités, le Sénégal a une pêche artisanale très active qui débarque, par an, près de 370.000 tonnes de petits pélagiques dont les  80% sont consommés localement ;

 

  • le Sénégal gagnerait à suivre les recommandations des scientifiques  qui estiment que le stock de petits pélagiques côtiers est surexploité et que cette surexploitation est de nature à compromettre la durabilité de la pêche tant industrielle qu’artisanale ;

 

  • les pêcheurs artisans sénégalais conscients que la ressource est très sollicitée  ont pris des initiatives locales de régulation de la pêche  en particuliers dans les grands centres (source DPM) notamment à :

 

  1. Mbour et Joal où une intense lutte contre la pêche de juvéniles, le refus de transformation des juvéniles de sardinelles, l’interdiction des sorties diurnes d’engins artisanaux de pêche pélagique du 1er décembre au 31 mai et de sortie nocturne du 1er juin au 30 novembre ;
  2. Saint-Louis les sorties des sennes tournantes sont alternées pendant la grande campagne de pêche, les débarquements nocturnes sont interdits;
  3. Kayar, les sorties sont alternées à raison d’une seule sortie quotidienne pour les sennes tournantes, la transformation des sardinelles juvéniles est interdite, ainsi que l’utilisation de filets  mono filaments ;

 

  • A ce qui précède, il faut ajouter qu’au Sénégal l’âge moyen des pêcheurs se situe entre 18 et 35 ans (ils ont donc encore  un long chemin à parcourir, si Dieu le veut). Par conséquent, le pays connaissant un nombre important de jeunes chômeurs, l’Etat ne devrait pas, raisonnablement, prendre le risque de mettre au chômage des jeunes qui, à la différence de bon nombre de leurs autres compatriotes, ne  lui demandent pas de leur trouver des emplois.

 

  • Les pratiques de pêche des bateaux russes qui commettent beaucoup trop d’infractions.  Le palmarès des chalutiers russes ayant obtenu de l’ancien MEM une autorisation de pêche, se présente ainsi qu’il suit au 30 avril 2012  (source GREENPEACE : mains basses sur la sardinelle) :

 

  1. pour 44 autorisations de pêche délivrées et 29 bateaux qui ont effectivement pêché dans la  ZEE sénégalaise, 41 infractions ont été dénombrées en Zone interdite située entre Yoff et notre frontière nord avec la Gambie et qui  fait face à une nurserie. De ce fait toute activité de pêche y est strictement interdite. Enfin, les chalutiers russes pêchent de jeunes reproducteurs et des juvéniles, la nuit surtout, dans la zone  côtière et on les voit à partir de la plage. C’est l’infraction la plus grave du code de la pêche. OLEG NAYDENOV a été surpris 5 fois dans ladite zone et assurément, c’est le bateau qui a commis le plus grand nombre d’infractions.
  2. 21 des 44 chalutiers ayant obtenu une autorisation de pêche de l’ancien MEM ont commis  41 infractions.

 

Par ailleurs, nous croyons utile de souligner que dans une publication intitulée l’exploitation des petits pélagiques côtiers au Sénégal : réponse de la recherche à la crise sardinière, Moustapha DEME et J. J. LEVENEZ du CRODT,  ont apporté des éléments de réponse pertinents. Le coût d’achat d’un sardinier correspond à  celui de 35 unités d’unités de pêche à la senne tournante et de trois fois plus d’unités de filets maillants encerclant, que les coûts moyens annuels d’exploitation des unités artisanales sont nettement plus faibles que ceux des sardiniers. Surtout, le coût de production d’une tonne de poisson est quatre fois inférieur en pêche artisanale qu’en pêche sardinière. Telle est la justification de la disparition de la pêche sardinière industrielle au Sénégal.

Tous ceux qui, pour justifier la présence des bateaux russes soutiennent que les bateaux sénégalais  sont incapables de pêcher là où pêchent les russes, ne sont, rien d’autre, que des bonimenteurs.

 

Continuer la lecture

COMMUNICATION SUR LA PROBLEMATIQUE DES ACCORDS DE PECHE AU SENEGAL

Photo : Bernard221

 

Groupe de réflexion APRAPAM et autres acteurs du secteur de la pêche

Essai de clarification de certains concepts pour les autorités et partenaires de la pêche

 

A l’heure actuelle, en plein mois de décembre où les eaux maritimes nord ouest africaines devraient connaitre upwelling et richesse faunistique, les termes les plus couramment entendus sur les plages sénégalaises sont « rareté des poissons », « pas de campagne cette année », « pêche au nord du pays », et même « catastrophe en vue »…D’autres bruits font état de démarches pressantes pour des possibilités d’ouverture de l’exploitation des ressources halieutiques sénégalaises à des bateaux étrangers : avec insistance on entend à nouveau parler des bateaux russes, européens, coréens, chinois…avec des promesses de ces pays quant à des contreparties intéressantes touchant la réouverture d’usines, le débarquement de poissons, la création d’emplois, le versement de sommes importantes dans les caisses du Trésor.

Sur quelles ressources ces bateaux vont-ils exercer leur effort ? Il n y a pas plus de poissons qu’au début des années 2000 quand le Sénégal décidait d’arrêter la pêche des bateaux européens et refusait toute activité étrangère sur les poissons pélagiques. Il était injuste d’imposer à ces ressources la pression de pêche des énormes bateaux russes en 2011 et il est juste que les nouvelles autorités aient bloqué ces « autorisations » en 2012. Mais la menace est encore présente et pressante et il est utile de préciser certains concepts et situations qui peuvent être sources de confusion.

Continuer la lecture

LES BATEAUX RUSSES VONT-ILS, DE NOUVEAU, ETRE AUTORISES A PECHER AU SENEGAL ?

« L’important n’est pas de convaincre mais de donner à réfléchir »

 

Photo : Aprapam

Légende : bateau pélagique en rade près de l’Ile de Gorée le 21/12/2013   Position : 14°41,40N     17°23,48N    IMO : 9120281    Indicatif d’appel : UBGI6

 

 

Rappel

Les petits pélagiques côtiers effectuant des migrations entre le Sahara occidental et la Guinée Bissau et vice- versa, la flotte russe de pêche lointaine composée de chalutiers pélagiques ayant Mourmansk et Kaliningrad comme ports d’attache, à un besoin impératif de pouvoir pêcher au Sénégal où, ces poissons séjournent, chaque année, de décembre à mai.

Entre 2010 et 2012, les armateurs russes ont fait affréter leurs bateaux par des sociétés basées dans des paradis fiscaux. Et par l’intermédiaire d’un homme d’affaires de la place, ont signé avec le Ministre de l’Economie Maritime, des protocoles d’accord leur accordant des droits de pêche  à des conditions qui constituent des violations flagrantes de la législation sénégalaise en vigueur.

 

Que prévoit le code la pêche ?

La loi  n° 98-32 du 14 avril 1998 portant code de la pêche dispose de ce qui suit :

-              en son article 3 : les ressources halieutiques des eaux sous juridiction sénégalaise constituent un patrimoine national.  Le droit de pêche dans les eaux maritimes sous juridiction sénégalaise appartient à l’Etat qui peut en autoriser l’exercice par des personnes physiques ou morales de nationalité sénégalaise ou étrangère. La gestion des ressources halieutiques est une prérogative de l’Etat.  L’Etat définit, à cet effet, une politique visant à protéger, à conserver ces ressources et à prévoir leur exploitation durable de manière à préserver l’écosystème marin.  L’Etat mettra en œuvre une approche de prudence dans la gestion des ressources halieutiques ;

-               en son article 16 : les navires de pêche battant pavillon étranger sont autorisés à opérer dans les eaux sous juridiction sénégalaise soit dans le cadre d’un accord de pêche liant le Sénégal à l’Etat du pavillon ou à l’organisation qui représente cet Etat, soit lorsqu’ils sont affrétés par des personnes de nationalité sénégalaise.

Aucun des 166 articles du code de la pêche (la loi et son décret d’application) n’autorise ce qu’a fait l’ex MEM qui,  plus préoccupé par la réélection de son mentor que par les intérêts du Sénégal, a foulé des pieds le code la pêche pour  appliquer sa législation personnelle, et accordé aux russes des avantages outranciers. Il est à noter qu’aucun des protocoles d’accord qu’il a signés avec les sociétés privées n’a été ratifié par l’Assemblée nationale, ni promulgué par le Président de la République, encore moins publié au journal officiel.

 

Nouvelle approche des russes

Le 9 décembre 2013, le représentant au Sénégal de l’Agence Fédérale de Pêche de Russie (Rosrybolovstvo) qui basé Nouakchott depuis 2002,  a été transféré à Dakar en février 2013. Il a été invité par une télévision locale, à une heure de grande écoute. Ainsi, l’intéressé a présenté pendant 47 mn la pêche lointaine russe, sous ses plus beaux atours et in fine, a rappelé que la partie russe attend toujours  les résultats de l’évaluation recommandée à l’issue  du Conseil Interministériel  (CIM) sur la pêche, tenu à Dakar  le 18 juin 2013.

 

La lecture d’une dépêche du FIS du 10 décembre 2012, permet de comprendre que l’objectif principal de Rosrybolovstvo était de faire remonter le volume des captures effectuées par ses chalutiers pélagiques,  dans les eaux ouest  africaines,  à 400.000 tonnes par an. Elles n’étaient que de 211.000 tonnes en 2011 et seulement de 148.000 tonnes pour les 9 premiers mois de 2012.

 

A cet égard, ayant, sans doute, tiré des leçons de la très forte hostilité  des acteurs de la pêche contre la présence des bateaux russes dans les eaux sénégalaises,  Rosrybolovstvo  semble avoir changé d’approche et sa nouvelle stratégie consisterait à :

 

a)        isoler le Groupement des Armateurs et Industriels de la Pêche au Sénégal (GAIPES)  très hostile à la présence des bateaux russes au Sénégal. Des acteurs de la pêche artisanale ont été approchés et avant le sommet maritime de Dakar, une rencontre  a été organisée à l’hôtel Savana pour  leur apprendre la bonne parole. Il leur a été « remboursé »  leurs  frais de  transport. Les russes ont en outre promis, à la fois, de résoudre le problème de la distribution du poisson à l’intérieur du Sénégal, à débarquer du poisson à Dakar à condition que les mareyeurs paient le prix, à apporter  des appuis financiers et  de participer à relance de la société Africamer. La Russie offre également des bourses d’études, des camions et du matériel de bureau et des patrouilleurs de surveillance ;

 

b)         jouer sur les résultats des investigations faites conjointement  par la Russie et le CRODT. En effet, la Russie a signé avec le Sénégal un accord de coopération le 8 février 2011 dont l’article 4 prévoit la possibilité d’effectuer en commun des investigations dans notre ZEE et d’analyser les données  collectées.  Un chercheur russe a  même été autorisé, avec la complicité du comité d’organisation, à faire une présentation au salon maritime de Dakar tenu du 4 au 6 octobre 2013. Le chercheur russe a profité de la tribune qui lui était offerte, pour indiquer que les résultats qu’il venait de livrer à l’assistance, étaient ceux  de la mission effectuée avec le CRODT  décembre 2012 et validés par les 2 parties. Le directeur du CRODT a été obligé de le recadrer, en précisant que lesdits  résultats n’engageaient pas sa structure, aucune réunion de validation n’ayant été tenue.

 

Par conséquent :

 

-        d’une part, tous les acteurs industriels comme artisans de la pêche sénégalaise doivent se remobiliser  afin que le bloc qui a, en 2012,  fait cesser les activités de pêche des chalutiers russes se reconstitue. Le cadre de concertation entre en acteurs artisans et industriels retenu à l’époque doit être de toute urgence formalisé ;

 

-        d’autre part, le CRODT qui a eu au sommet maritime de Dakar, un aperçu de ce que les chercheurs  russes sont capables de faire sait à quoi s’en tenir.

Continuer la lecture

Allons-nous encore manger du poisson dans quelques années ?

« L’incertitude est de tous les tourments, le plus difficile à supporter »

 

 

Plage de Mbour

Photo : Aprapam

 


Avec l’annulation de 29 autorisations de pêche accordées à des chalutiers pélagiques étrangers pour respecter une promesse électorale,  certains  ont cru  le feuilleton des bateaux russes  clos.  Que nenni, du fait de l’incohérence des déclarations des uns et des autres

 

Pourquoi une position aujourd’hui, une autre le lendemain ?

Continuer la lecture

DELIVRANCE NON CONFORME A LA LOI D’AUTORISATIONS DE PECHE A DES THONIERS CANNEURS ETRANGERS

 

 

canneur sur atlantique

Photo : bluefintuna.com


« Pour construire un avenir, il faut connaître le passé »

 

Historique de la pêche thonière au Sénégal


Dans les années 50, de nombreux thoniers canneurs bretons et basques ont exercé leurs activités de pêche dans les eaux sénégalaises, chaque année, de novembre à avril, période  qui coïncide avec l’arrêt de la saison de pêche du thon blanc a fait de Dakar leur base de repli. Au bout de quelques années de séjours temporaires, ces thoniers regroupés dans deux coopératives Itsasokoa et Lagun Artean ont fini par s’implanter, à Dakar, toute l’année.

Des prospections, faites avec les bateaux « Gérard Treca » et « Marcella-Yveline », ont prouvé, à la fois, l’existence d’importants bancs de thon  dans les eaux sénégalaises et la pertinence de la création d’une industrie thonière au Sénégal.

Dans les années 60, Dakar comptait 7 conserveries qui, à partir des années 70, n’étaient plus que 3. Il s’agit des Conserveries  du Sénégal (CDS), de la SAPAL et de la SAIB. Elles  produisaient  des conserves emboitées sous les  marques françaises  Pêcheurs de France pour les CDS, Saupiquet pour la SAPAL  et Pêche et Froid  pour la SAIB.

Les  Conserveries du Sénégal (CDS)  sont devenues en 1977 Société Nouvelle des Conserveries du Sénégal du Sénégal (SNCDS) qui, n’arrivant pas à se relever de difficultés financières, a fini, avec l’aide de l’Etat, à se retirer de la production qui, à partir de l’an 2000, était assurée par la société d’exploitation SE-SNCDS, SNCDS devenant une société de patrimoine.

La SAPAL et la SAIB ont été depuis rachetées  par des sénégalais et sont devenues respectivement  INTERCO et PFS. Ces  2 sociétés ont disparu et SNCDS devenue, entre temps, une société d’Etat a été vendue en 2012 à une société coréenne.

Pour  l’approvisionnement des conserveries, l’Etat avait également créé, en 1965, la Société Sénégalaise d’Armement à la Pêche (SOSAP), avec près de 20 thoniers canneurs et senneurs  devenant ainsi, l’un des tout premiers armements thoniers du monde. On ne soulignera jamais assez la démarche logique des  autorités sénégalaises qui, au lieu de compter sur un approvisionnement étranger, ont  mis sur pied un armement national.

Malheureusement, du fait de l’imprudence d’un ministre qui, ignorant que l’URSS n’a jamais construit le moindre thonier durant toute son existence, a succombé aux chants des sirènes russes  en confiant à un de leurs  chantiers navals, la construction des premiers thoniers de la SOSAP. Cette commande en Russie a coûté très cher à la SOSAP, qui a mis  la clef sous le paillasson en 1977, non sans avoir englouti des sommes colossales dans la correction, en France, de malfaçons constatées sur les bateaux construits en Russie.

Dans les années 70, la pêche du thon s’est déplacée vers le sud avec l’avènement des senneurs et Abidjan a pris la place de Dakar. La Côte d’Ivoire bien que n’étant pas située sur une zone de pêche de thon a su, néanmoins, avec des mesures incitatives, faire d’Abidjan un grand port de transbordement. Les cadences de déchargement y sont autrement plus importantes qu’à Dakar ;  un cargo déchargé en 3 jours à Abidjan, l’est en 5-6 jours à Dakar.

Il est à noter que le thon pêché à la canne  est de meilleure qualité que celui pêché à la senne tournante.  Le premier meurt rapidement alors que le second meurt par asphyxie après s’être longtemps débattu. Aussi, la fabrication de conserves avec du thon pêché à la canne a-t-elle longtemps été l’atout majeur des conserveries de Dakar. Et le Sénégal, qui a disparu aujourd’hui des tablettes, fut le 2ème exportateur mondial de thon.

 

 

 

Thunnus obesus


Continuer la lecture

Tentative avortée de réintroduction de chalutiers pélagiques étrangers dans les eaux sénégalaises : le Conseil des Ministres peut-il autoriser ce que la Loi en vigueur ne permet pas ?

Photo : Greenpeace, Pierre Gleizes

 

« Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière asséchée, le dernier poisson pêché, l’homme se rendra compte que l’argent n’est pas comestible »

 

La délivrance d’autorisations de pêche à des chalutiers pélagiques étrangers fait de nouveau l’actualité, alors que l’on pouvait légitiment penser que cette affaire était définitivement close. En effet, la décision du Président de la République élu, à l’issue de l’élection présidentielle du 25 mars 2012, d’annuler  les 29 autorisations de pêche délivrées  par l’ex ministre de l’Economie maritime (MEM) a été très bien accueillie.

 

Les sénégalais ont, sûrement, été surpris à la lecture du communiqué du conseil des ministres  du 13 décembre 2012. Dans ce communiqué, il est écrit notamment : « Le Ministre de la pêche et des Affaires maritimes a entretenu le Conseil de la question relative à l’octroi de licences de pêche au profit d’armateurs étrangers. Sur ce point précis, le Président de la République a décidé de prolonger le repos biologique sur nos espaces maritimes, en gelant l’octroi de licences de pêche à des armateurs étrangers, pour une durée d’au moins un an ».

 

Décryptage.

 

La licence de pêche est le document  que tout bateau de pêche industrielle doit détenir, pour être autorisé à exercer des activités de pêche,  tandis que le repos biologique est une mesure de gestion des pêches dont l’objectif  est la réduction de la pression de pêche artisanale et industrielle qui, combinée à d’autres mesures peut contribuer positivement à la reconstitution de stocks surexploitées et permettre une exploitation durable des ressources halieutiques.

 

Le  Sénégal n’est lié par un accord de pêche qu’avec la Gambie, la Guinée Bissau,  le Cap Vert et la Mauritanie. Il  ne peut donc  imposer à ces  bateaux une disposition non prévue dans l’accord de pêche  dans le cadre duquel ils opèrent notamment un repos biologique d’au moins un an.

 

Par conséquent, les bateaux étrangers visés  dans le communiqué ce sont  les chalutiers pélagiques congélateurs battant  pavillon de la Russie, de la Lituanie et des pavillons de complaisance. Ces bateaux, communément appelés « bateaux russes » ont été illégalement autorisés par l’ex MEM, entre 2010 et 2012, à  pêcher dans les eaux sénégalaises.

 

Il  faut  donc interpréter la décision  du PR comme étant le gel de la délivrance de licences de pêche à des bateaux russes, pendant une période d’au moins un an.

Continuer la lecture