Tentative avortée de réintroduction de chalutiers pélagiques étrangers dans les eaux sénégalaises : le Conseil des Ministres peut-il autoriser ce que la Loi en vigueur ne permet pas ?

Photo : Greenpeace, Pierre Gleizes

 

« Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière asséchée, le dernier poisson pêché, l’homme se rendra compte que l’argent n’est pas comestible »

 

La délivrance d’autorisations de pêche à des chalutiers pélagiques étrangers fait de nouveau l’actualité, alors que l’on pouvait légitiment penser que cette affaire était définitivement close. En effet, la décision du Président de la République élu, à l’issue de l’élection présidentielle du 25 mars 2012, d’annuler  les 29 autorisations de pêche délivrées  par l’ex ministre de l’Economie maritime (MEM) a été très bien accueillie.

 

Les sénégalais ont, sûrement, été surpris à la lecture du communiqué du conseil des ministres  du 13 décembre 2012. Dans ce communiqué, il est écrit notamment : « Le Ministre de la pêche et des Affaires maritimes a entretenu le Conseil de la question relative à l’octroi de licences de pêche au profit d’armateurs étrangers. Sur ce point précis, le Président de la République a décidé de prolonger le repos biologique sur nos espaces maritimes, en gelant l’octroi de licences de pêche à des armateurs étrangers, pour une durée d’au moins un an ».

 

Décryptage.

 

La licence de pêche est le document  que tout bateau de pêche industrielle doit détenir, pour être autorisé à exercer des activités de pêche,  tandis que le repos biologique est une mesure de gestion des pêches dont l’objectif  est la réduction de la pression de pêche artisanale et industrielle qui, combinée à d’autres mesures peut contribuer positivement à la reconstitution de stocks surexploitées et permettre une exploitation durable des ressources halieutiques.

 

Le  Sénégal n’est lié par un accord de pêche qu’avec la Gambie, la Guinée Bissau,  le Cap Vert et la Mauritanie. Il  ne peut donc  imposer à ces  bateaux une disposition non prévue dans l’accord de pêche  dans le cadre duquel ils opèrent notamment un repos biologique d’au moins un an.

 

Par conséquent, les bateaux étrangers visés  dans le communiqué ce sont  les chalutiers pélagiques congélateurs battant  pavillon de la Russie, de la Lituanie et des pavillons de complaisance. Ces bateaux, communément appelés « bateaux russes » ont été illégalement autorisés par l’ex MEM, entre 2010 et 2012, à  pêcher dans les eaux sénégalaises.

 

Il  faut  donc interpréter la décision  du PR comme étant le gel de la délivrance de licences de pêche à des bateaux russes, pendant une période d’au moins un an.

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Contribution de la CAOPA au questionnaire d’évaluation du secteur des pêches dans la région de la CEDEAO

Photo : Aprapam

 

 

 

CONTRIBUTION DE LA CONFEDERATION AFRICAINE DES ORGANISATIONS DE PECHE ARTISANALE (CAOPA) QUESTIONNAIRE D’EVALUATION DU SECTEUR DES PECHES DANS LA REGION DE LA CEDEAO / CONSULTATON UA-IBAR : Contribution CAOPA questionnaire UA évaluation politiques de pêche Afrique de l’Ouest.PDF

 

 

CONTRIBUTION OF THE AFRICAN CONFEDERATION OF ARTISANAL FISHING ORGANISATIONS QUESTIONNAIRE FOR EVALUATION OF THE FISHERIES IN THE ECOWAS REGION / CONSULTATION AU-IBAR : CAOPA contribution to AU evaluation fisheries policies West Africa.PDF

 

 

 


Le poisson du riche se nourrit avec la sardinelle du pauvre

Durabilité de la pêche à deux vitesses au Sénégal : le chalutier Oleg NAYDENOV est autorisé à  pêcher 70 tonnes de sardinelles par jour ; la pirogue de BOULAYE n’a pas le droit d’opérer avec des filets en mono filament

Photo : Ivano Trabalza

 

 

Le ministre de l’Economie maritime (MEM) n’a pas  bonne conscience avec l’attribution illégale de licences à des chalutiers pélagiques étrangers, en violation de la législation en vigueur. Il a profité de l’examen du budget de son département au Sénat, pour tenter de justifier son acte avec des arguties qui l’enfoncent plus qu’elles ne l’absolvent.  De la relation de S.M.S.CISSE dans Le Soleil du 2 décembre 2011, on  peut retenir notamment les 4 points ci-après :


  • Les responsables du GAIPES ne peuvent pas nous dicter notre politique.

La politique de pêche du gouvernement est contenue  dans la Lettre de Politique Sectorielle (LPS) signée,  en avril 2007, par les ministres chargés respectivement de la Pêche et des Finances.  La LPS en vigueur est l’aboutissement d’un  processus entamé en 2000 à la fin des concertations sur la pêche et l’aquaculture. Le « draft  » préparé par la Cellule d’Etudes et de Planification (CEP) a été circularisée entre tous les services  de l’Etat et également transmis, pour avis et observations, à tous  les acteurs du secteur. Les  structures consultées ont fait connaître leurs avis et  observations dont  la plupart, après discussions, ont été retenues et incluses dans un document  validé par les bailleurs de fonds.

En faisant sa proclamation,  le MEM  ignore, assurément, comment se définit une politique de pêche. Le GAIPES n’a rien à imposer sinon qu’à rappeler, au besoin, ce qui est consigné dans la LPS, tous  les acteurs de la pêche ayant pu faire connaître, au préalable,  leurs propositions.

 

  • Le poisson pêché par les bateaux étrangers fait partie du stock migrant qui est partagé,  essentiellement constitué de poissons qui ne sont pas consommés par les Sénégalais.

Il est vraiment osé de soutenir que les sénégalais ne consomment pas la sardinelle (yaboye) ou le chinchard (diaye) et ce, devant le ministre du Budget qui, très certainement, a dû rire sous cape.

 

  • Les bateaux de pêche étrangers qui ont été autorisés à pêcher dans nos eaux, ont pêché 52.000 tonnes de poissons qui ont  apporté au Trésor public 850 millions de FCFA.

Céder la tonne sardinelle à 35 dollars US quand on sait qu’elle serait revendue congelée à 300 dollars, entre 1.200 et 2.000 dollars si elle est transformée en farine et à 600 dollars en huile de poisson, est contraire aux intérêts du Sénégal. Par ailleurs, indiquer les quantités de poissons pêchés sans fournir celles de farine, d’huile produites et de conserves fabriquées ; c’est cultiver  l’opacité et la dissimilation et non de la transparence.

 

  • Profiter de ce poisson nous permet de mobiliser des ressources extrabudgétaires qui peuvent contribuer à résoudre nos problèmes liés aux quais de pêche, à l’électricité et aux infrastructures.

Le  MEM, ne sait, peut-être pas,  que le recours aux affectations particulières de recettes de l’Etat est en violation des principes de base du droit budgétaire. La totalité des compensations  financières  obtenues doivent, en effet, faire l’objet d’une affectation comptable au budget général de l’Etat. Le financement de projets de développement de la pêche ne doit pas, par le biais d’affectations non réglementaires et hors budget, échapper aux tests de cohérence et d’opportunité prescrits par le Programme Triennal d’Investissements Publics.  Par ailleurs, on notera qu’en 2000, le quai de pêche de Ouakam a coûté 589 millions, celui de Thiaroye 483 millions et celui de Joal 332 millions FCFA. Par conséquent,  850 millions FCFA ne permettent pas de financer des quais de pêche, des complexes frigorifiques encore moins participer à l’électrification du pays. On prend les sénégalais pour des demeurés et des gens cupides.

 

 

Pourquoi les armateurs russes courent-ils derrière les petits pélagiques ?

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Parce que nos ressources halieutiques sont précieuses, nous devons veiller, chaque jour, à les préserver

Photo : Aprapam

Après le marchandage des terres, va-t-on vers celui de la mer ?

 

Ayant  reçu, à  bonne source, des informations faisant état de négociations entre  le ministère de la pêche et des armateurs privés de chalutiers pélagiques congélateurs russes, pour l’obtention d’autorisations de pêche dans les eaux sénégalaises, des acteurs ont rencontré un haut cadre dudit  ministère, pour partager avec lui les informations  dont ils disposaient. L’autorité n’ayant pas démentie l’information, les acteurs ont pris la décision de publier un communiqué afin de la  porter à la connaissance des populations sénégalaises, de la société civile et des partis politiques.

 

 

Rappel

 

En 2010, des bateaux russes ont subrepticement été autorisés à pêcher au Sénégal, dans la plus grande opacité en dépit de la désapprobation unanime des biologistes  et  des acteurs. Jusqu’à ce jour, nul ne sait sur quelle base juridique  ces autorisations de pêche ont été délivrées, encore moins le montant ou la destination des sommes perçues.

En 2011, eu égard à la détermination des acteurs, à l’ampleur et à la vigueur de leurs protestations, après une première dénégation, l’information a finalement  été confirmée par le ministre de la pêche avec l’annonce d’une recette de 5 milliards FCFA, qui  par la suite,  s’est révélée n’être que de 800 millions FCFA.

Accusé d’avoir délivré des autorisations de pêche en violation des dispositions du code de la pêche,  le Ministre de l’Economie Maritime a sorti un banal communiqué, non signé de surcroît, où il  est mentionné que «le Sénégal a souverainement décidé d’exploiter une partie des ressources pélagiques migratrices, afin que le trésor public puisse en bénéficier, à l’instar des autres pays limitrophes ». Ce communiqué n’est ni plus, ni moins qu’un aveu qui ne rend  nullement légal ce que la loi n’autorise pas. La souveraineté ne pouvant s’exercer en dehors de la loi.

 

 

 

Les dégâts causés par le chalutage  pélagique et  la tentative de modifier, sur mesure, la loi en vigueur.


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La mer, patrimoine des générations futures transformée en source de désespoir par une autorité qui ne regarde que son profit

Photo : Ivano Trabalza

 

Au Sénégal, la pêche artisanale occupe une place prépondérante dans le secteur en ce sens qu’elle assure 80% des mises à terre et contribue pour près de 60% des produits destinés à l’exportation.

La place de la pêche dans l’économie sénégalaise n’est plus à démontrer car elle représente 1,7% du PIB et 12,7% des recettes d’exportation en 2009. La consommation de poisson par habitant et par an est de 26 kg au niveau national et de 43 kg pour la région de Dakar, et 17% de la population active évoluent dans le secteur de la pêche. Il s’agit donc d’un secteur très important de notre économie nationale qui fournit, à la fois des devises, des emplois et de la nourriture (70% des protéines animales consommées proviennent du poisson) et 72% des mises à terre sont constituées de petits pélagiques côtiers.

Dans notre jeunesse, l’on disait que le Sénégal était l’une des côtes les plus poissonneuses au monde tellement le poisson existait en abondance et en diversité. L’évolution de la situation au fil des années permet de dire qu’une ressource peut se tarir si on n’intègre pas une gestion saine, raisonnée et durable. En effet depuis plus d’une décennie une forte pression est exercée sur la ressource au point qu’aujourd’hui on assiste à des formes de pêches les plus destructrices qui ne disent pas leur nom.

La forte pression exercée sur les ressources pélagiques côtières du nord-ouest africain entraine une situation de surexploitation qui a valu, la tenue à Agadir du 17 au 26 avril 2007, de la 7ème réunion du groupe de travail de la FAO sur l’évaluation des petits pélagiques au large de l’Afrique nord-occidentale. Il est apparu que le stock de sardinelles rondes est surexploité et qu’une diminution de l’effort pour la pêche totale d’au moins 50% sur les deux espèces de sardinelles a été recommandée. Le chinchard blanc est surexploité et le chinchard noir pleinement exploité, une diminution de 20% de l’effort actuel est recommandée pour ces espèces. D’après le rapport de la FAO sur « La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture 2010 » les stocks de pélagiques de la zone Atlantique Centre Est (n°34) sont pleinement exploités ou surexploités. Egalement des évaluations de l’Institut National de Recherches halieutiques, le CRODT, montrent que ces stocks de petits pélagiques sont surexploités, et le CRODT recommande une réduction d’au moins 50% de l’effort de pêche sur ce stock et une exploitation modérée.

 

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Le secteur de la transformation artisanale

Photo : Aprapam (site de transformation « Seuti Diarré » à Yoff)

 

Le secteur de la Pêche Artisanale, la Qualité, les conditions d’une mise en œuvre

 

Au Sénégal, la pêche artisanale occupe une place prépondérante  dans le secteur en ce sens qu’elle assure 80% des mises à terre et contribue pour prés de 60% des produits destinés à l’exportation. Elle constitue  également l’amont de la filière et l’on a l’habitude de dire que si la qualité du produit à l’amont fait défaut, il y’aura forcément des répercutions à l’aval.

Ainsi du pêcheur artisan en passant par le mareyeur jusqu’à la transformatrice, à la question de savoir ce qu’il faut pour une bonne qualité du produit, une bonne partie donnera une réponse positive  pour avoir reçu des formations dans ce sens Qui des services étatiques, Qui des Agences de développement rural, Qui des ONG etc…

Cependant la connaissance de ce qu’il faut faire ne sera parfaite que quand les conditions pour le faire sont réunies.

S’agissant du secteur de la transformation artisanale, la première préoccupation d’une transformatrice ayant effectué des formations en hygiène et qualité, c’est l’appui pour prétendre à l’exportation  de ses produits.  Ceci nous amène à nous nous interroger sur l’autorité compétente pour les qualités sanitaires des produits de la pêche. Cette autorité, compétente pour les industries de traitement de l’aval de la filière, doit dans le fait l’être pour le secteur artisanal.

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Le risque du « re-pavillonnement » des chalutiers étrangers et des sociétés mixtes

Photo : Aprapam

 

 

Lors d’une rencontre au Parlement européen le 5 Octobre dernier, plusieurs participants ont évoqué les risques liés au re-pavillonnement des bateaux européens, les chalutiers en particulier, vers nos pays.

Déjà aujourd’hui, au Sénégal, nous avons de nombreux bateaux étrangers, européens mais aussi chinois et autres, qui ont pris le pavillon sénégalais dans le cadre de sociétés mixtes. Une étude que nous avons réalisée en 2011 montre que ces bateaux opèrent dans la plus grande opacité.

 

La délégation de l’Union européenne elle-même, dans une réponse au rapport de Greenpeace publiée il y a quelques semaines, met en avant que l’octroi du pavillon sénégalais se fait dans des conditions de transparence discutables, avec des pratiques en contradiction avec les déclarations officielles, notamment sur la réduction de l’effort de pêche. On peut en effet penser que l’existence de ces partenariats privés, souvent décriés, profite à certaines personnes dont les intérêts ont peu de rapport avec la gestion durable des ressources halieutiques.

L’Union européenne continue et mentionne les incursions illégales dans les eaux sénégalaises de chalutiers pélagiques étrangers de très grande taille – Ceci fait référence à l’affaire des ‘chalutiers russes’ qui continue de soulever l’indignation de la société civile-. Pour l’Union européenne, les autorités sénégalaises ne font pas mystère d’avoir légalisé ces navires, en leur octroyant des autorisations de pêche contraires au code de la pêche de 1998 en vigueur au Sénégal et son décret d’application, pour en récupérer des redevances, au mépris de la réglementation nationale, des avis scientifiques défavorables, et dans des conditions peu transparentes.

 

Pour autant, même si nous n’avons plus de protocole d’accord de pêche en vigueur avec l’Union européenne depuis 2006, l’Union européenne ne peut pas se laver les mains par rapport aux opérations des sociétés mixtes avec des capitaux européens. En effet, depuis la mise en œuvre du Traité de Lisbonne, l’Union européenne est aujourd’hui responsable d’encadrer les investissements européens dans le domaine de la pêche dans les pays tiers, alors qu’avant c’était une responsabilité de chaque état membre de l’Union européenne.

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Le repos biologique observé au Sénégal : nécessité de procéder à son évaluation

Photo : Ivano Trabalza

 

 

«On leur  montre la lune, ils regardent le doigt»

 

Le principe d’instaurer une période de fermeture annuelle de la pêche est une des  recommandations des concertations nationales sur la pêche et l’aquaculture, tenues à Dakar, en novembre 2000. Ainsi, le repos biologique a été prévu dans le protocole 2002-2006 de l’accord de pêche Sénégal-Union Européenne. A partir de 2003, la mesure a été observée par tous les chalutiers autorisés à pêcher dans les eaux sénégalaises.

La présente contribution n’a d’autre ambition que de fournir aux sénégalais des informations sur une mesure qui fait l’actualité, suite à la « sortie » de Greenpeace Afrique, qui dans un communiqué du 21 septembre 2011, largement diffusé et abondamment commenté aussi bien par la presse en ligne, que par la majorité des quotidiens et hebdomadaires locaux.

Pour une bonne compréhension de cette mesure de gestion des pêches,  après un rappel de sa définition scientifique et de sa base légale, sont successivement traités l’évolution de la situation de la pêche maritime au Sénégal de 2000 à 2009 et les conclusions qu’il faudrait en tirer.

 

Le repos biologique

 

Avant l’instauration du repos biologique, le Centre de Recherches Océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT) a  produit un document intitulé « Réflexion sur l’opportunité d’instaurer le repos biologique au Sénégal ». Sur la base de ce texte, la mesure a été mise en œuvre en 2003.

Le repos biologique, par instauration d’une fermeture pluriannuelle, annuelle, ou saisonnière de certaines zones de reproduction ou de nourriceries à toute activité de pêche artisanale et industrielle, est une des approches utilisées en gestion des pêches qui, combinée avec d’autres mesures, peut contribuer positivement à la reconstitution de stocks surexploités et/ou permettre une exploitation durable des ressources halieutiques. 

L’application du repos biologique ne doit, en aucune façon, être exclusive, elle doit être associée à d’autres techniques de gestion des ressources halieutiques que sont : le contrôle des mailles des filets, la surveillance des zones de pêche interdites. L’utilisation de certains engins de pêche artisanale dans les zones sensibles baies et estuaires, en particulier, doit également être interdite, il s’agit de la senne de plage, de la senne tournante et des filets dérivants qui  constituent une menace  pour quelques espèces démersales côtières ayant une phase larvaire pélagique, ainsi que pour  les juvéniles des barracudas, crevettes, thiofs et machoirons notamment. Enfin, on doit veiller au respect des tailles minimales marchandes des poissons.

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OPINION Polémique portant sur la pêche de chalutiers pélagiques étrangers dans les eaux sénégalaises

« Prends la parole dans deux circonstances : quand il s’agit de choses que tu connais parfaitement ou quand la nécessité l’exige».

 

L’affaire des bateaux étrangers autorisés à pêcher dans les eaux sénégalaises s’est, de nouveau, invitée au devant de l’actualité avec la conférence de presse tenue à la DPM le 5 août 2011. La relation qui en a été faite par les journaux locaux doit faire peur à toute personne soucieuse du développement de la pêche au Sénégal. L’autorité de tutelle qui a commis un acte contraire aux dispositions du code de la pêche  semble tenir, coûte que coûte, à rendre légale ce que la loi ne permet. Au lieu de fonder son argumentaire sur des articles du code de la pêche autorisant des navires étrangers à mener des activités de pêche dans les eaux sénégalaises, sous le couvert d’un protocole d’accord, il lance ses agents dans de  vaines polémiques.

 

RAPPEL

 

Une opération similaire a été exécutée entre 1991 et 1999. Elle a, maladroitement,  été justifiée en visant l’article 17 du code la pêche de l’époque – loi 87-27 du 18 août 1987- interprétée, à tort, comme autorisant la pêche expérimentale,  alors que nulle part dans le libellé dudit article, ces deux mots ne figurent.

 

Depuis le mois de mars 2010, on assiste à un « remake » de cette affaire, appelée en son temps « accords de pêche secrets,  avec des justifications aussi légères que celles avancées dans l’opération précédente. Les arguments avancés sont :

-        les chalutiers étrangers ont été autorisés à pêcher parce qu’ils ciblent des poissons que les sénégalais n’ont pas les moyens de pêcher. Si  on les capture pas, ces poissons meurent, ce qui constitue une perte pour le trésor, qui pouvait en tirer des ressources additionnelles estimées à 5 milliards FCFA ;

-        l’article 3 de la loi 98-32 du 14 avril qui dispose de ce qui suit : « Les ressources halieutiques des eaux sous juridiction sénégalaise constituent un patrimoine national.  Le droit de pêche dans les eaux maritimes sous juridiction sénégalaise appartient à l’Etat qui peut en autoriser l’exercice par des personnes physiques ou morales de nationalité sénégalaise ou étrangère. La gestion des ressources halieutiques est une prérogative de l’Etat.  L’Etat définit, à cet effet, une politique visant à protéger, à conserver ces ressources et à prévoir leur exploitation durable de manière à préserver l’écosystème marin.  L’Etat mettra en œuvre une approche de prudence dans la gestion des ressources halieutique ». Avec une interprétation singulière du premier alinéa dudit article, on affirme que, c’est en toute souveraineté, que l’Etat a délivré ces autorisations de pêche.


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Sauvez l’agrément du Sénégal !

 

 

Jusqu’où le Ministère de l’Economie Maritime (MEM) compte nous mener ?

 

L’agrément du Sénégal pour l’exportation des produits de la pêche vers le marché européen date de 1996. Et depuis l’Office Alimentaire Vétérinaire (OAV) effectue tous les quatre ans une mission à des fins d’évaluation.

Si cet agrément était tout à fait sanitaire au début, une nouvelle disposition sur la pêche Illégale Non déclarée Non réglementée (INN) est entrée en vigueur depuis le premier janvier 2010 dans le pays tiers.

L’un dans l’autre, un manquement à ces dispositions constituerait forcement une menace à notre agrément nationale.

Les professionnels n’attendent moins du Ministère de l’Economie Maritime (MEM)  que l’application des dispositions du code de la pêche maritime, la bonne gouvernance du secteur de la pêche, mais ne saurait cautionner ce qui n’est pas prévu par ces dispositions. Depuis le ministère parle d’autorisation de pêche accordée à des navires étrangers aux larges des eaux sénégalaises. Hors il n’est de secret que ces bateaux opèrent en deçà des 6000 miles et sont aperçus à vue d’œil par les professionnels de la pêche artisanale de la petite cote.

Que dire de ces deux bateaux russes parmi les bateaux qui avaient bénéficié d’autorisation qui sont récemment arrêtés pour opération illégale et quelle est la suite qui leur est réservée ?

A quels chiffres se fier sur le tonnage pêché par les bateaux étrangers ? D’après les sources du MEM  40 milles tonnes selon le précédent Directeur des Pêches Maritimes pour une valeur de 640 millions de franc cfa ;  52 milles tonnes selon l’actuel Directeur pour une valeur de 850 millions de franc cfa.

Devons attendre de recevoir une notification de l’Union Européenne  pour agir ou avoir une capacité d’anticipation ?

La pêche constitue pour nous professionnels notre gagne pain que nous devons pérenniser  par une gestion saine et durable. L’administration des pêches  a obligation de  définir la politique d’une bonne gestion des pêcheries. Les professionnels de la pêche en général ceux de la pêche artisanale en particulier ne sauraient militer à toute autre action allant dans le sens de la mal gouvernance du secteur.

 

Gaoussou GUEYE

 

Contribution

POLEMIQUE PORTANT SUR LES DROITS DE PECHE ACCORDES A DES CHALUTIERS PELAGIQUES ETRANGERS.

 

« L’harmonie n’est  belle que quand le dire et le faire vont ensemble ».

 

Dans sa livraison des 4 et 5 juin 2011, le quotidien L’AS a, sous la plume de  M. Papa Ismaila KEITA,  fait paraître un article dans lequel, il relate une intervention du Directeur des Pêches Maritimes (DPM) portant sur la polémique autour des licences de pêche avec un sous-titre formulé comme suit « le directeur de la pêche dément le GAIPES ». L’article rend compte de la réunion organisée par le Réseau sur les Politiques des  Pêches en Afrique de l’Ouest (REPAO). En liminaire, il faut en convenir, dans cet article, il n’est pas aisé de faire une distinction nette entre les affirmations du représentant de l’administration des pêches et les commentaires du journaliste, l’analyse s’avère ainsi difficile pour quelqu’un qui n’a ni assisté à la rencontre, ni imprégné du contexte dans lequel, les propos cités ont été tenus.

 

En outre, on trouve dans la relation des points n’ayant aucun rapport ni avec le titre de l’article, ni avec son sous-titre notamment une donnée statistique extraite, sans doute, d’une communication de J.P.CHAUVEAU portant sur l’évolution du taux de motorisation des pirogues au Sénégal de la période coloniale à ce jour, ainsi qu’une accusation selon laquelle, la surexploitation des stocks est le fait des navires étrangers. Ces propos, ne proviendraient pas du GAIPES et les deux points cités ne méritent pas qu’on s’y attarde, au risque de se laisser divertir.

Les points évoqués, sur lesquels il convient de se pencher sont ceux énumérés ci-après :

  • ce sont 14 chalutiers qui ont été autorisés à pêcher et ils ont capturé environ 40.000 tonnes de petits pélagiques côtiers ; le trésor public allait encaisser 600 millions FCFA.  Les 22 navires et  le volume de 300.000 tonnes de captures ne sont qu’une vue de l’esprit ;
  • ces bateaux – sources de vives polémiques au Sénégal – ont toujours été autorisés à pêcher dans les pays de la sous région comme la Mauritanie. Ce qui veut dire que si les ressources halieutiques sénégalaises (sic) migrent vers la Mauritanie, elles tombent dans l’escarcelle des bateaux étrangers ;
  • l’intérêt de l’Etat doit primer sur les intérêts particuliers.

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Arraisonnement de deux chalutiers pélagiques russes

« Naïveté, ignorance,  inexpérience ou arrogance ? »

 

Dans sa livraison des 28 et 29 mai 2011, le quotidien LE POP sous la plume de M. Youssoupha MINE, a écrit ce qui suit : «l’arraisonnement de deux navires battant pavillon russe a fait l’objet d’un débat contradictoire entre le GAIPES et le ministère de l’Economie maritime. Le premier les qualifie de navires pirates, la tutelle rejette ». Ce débat, au demeurant désolant, n’a aucun sens.

En effet, jusqu’à l’extinction du soleil – comme dirait l’autre- personne ne pourra citer un seul des 96 articles de la loi 98-32 du 14 avril 1998 et des 70 articles du décret 98-498 du 10 juin 1998, permettant  la délivrance d’autorisations de pêche à des navires étrangers sous le couvert d’un protocole d’accord. Aussi, convient-il, une fois de plus, de rappeler que les autorisations de pêche accordées aux chalutiers pélagiques russes notamment Admiral Stariko, Oleg Naydenov, Aleksandr Mironemko, Zakhar Sorokin, Kapitan Bologov, Sei Whale et Fin Whale sont illégales. Elles ne sont pas conformes à la législation des pêches en vigueur et n’ont aucun fondement juridique ; elles sont tout simplement illégales.

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