LA PRODUCTION DE FARINE DE POISSON : enjeux pour les communautés côtières ouest africaines

INTRODUCTION

Traditionnellement, l’Association Pour la Promotion et la Responsabilisation des Acteurs de la Pêche Artisanale Maritime organise chaque année depuis 2010 un forum sur une thématique d’actualité de la pêche en général et de la pêche artisanale en particulier.

Dans la plupart des forums de l’APRAPAM, la sardinelle a occupé une place de choix. Le septième forum de cette année portant sur le thème : « La production de farine de poisson ; Enjeux pour les Communautés Côtières Ouest-africaines » conforte les inquiétudes exprimées lors du cinquième forum tenu en 2015 portant sur le thème :  » Enjeux de l’exploitation et de la valorisation des ressources pélagiques et de la place de celles-ci dans la sécurité alimentaire : la parole aux professionnels » . Lors du 5ème forum en 2015, le rôle et l’importance des petits pélagiques dans la sécurité alimentaire et dans les emplois en pêche artisanale ont été analysés, ainsi que les conséquences d’une exploitation irresponsable, d’une valorisation incontrôlée des ressources pélagiques sur la durabilité de la pêche.

Deux ans après, le constat se traduit par une augmentation de l’implantation des usines presque toutes exclusivement tournées vers la production de farine de poisson aussi bien au Sénégal que dans les autres pays de la sous-région comme la Gambie et la Mauritanie, auxquelles s’ajoutent des unités informelles et artisanales s’adonnant à cette activité.

La conséquence de la prolifération incontrôlée de cette activité se traduit par des impacts néfastes sur la ressource, la sécurité alimentaire et les emplois, l’environnement et la santé publique des riverains de ces unités de production de farine de poisson. La matière première pour la farine est presque exclusivement constituée de sardinelle, espèce qui est aujourd’hui la principale source de protéines d’origine animale, d’emplois et de revenu des professionnels de la pêche artisanale et des populations de la sous-région.

Au demeurant, cette espèce constitue « un filet de stabilité sociale » dans les pays de cet espace géographique qui de plus, est une ressource partagée pour laquelle les modes d’exploitation et d’utilisation appellent à plus de discernement et de précaution nécessitant une harmonisation des mesures d‟exploitation et de gestion de la part des Etats.

Au niveau mondial, la farine de poisson est majoritairement produite dans les pays de la côte ouest d‟Amérique du Sud (Pérou, Chili), du Nord de l‟Europe (Danemark) que rejoignent aujourd’hui les pays d‟Asie comme le Vietnam et la Chine. De nos jours, ce pays est le plus gros importateur au monde, principalement à partir du Pérou, mais aussi des USA, du Chili, de la Mauritanie, de l‟Equateur, de la Russie et du Mexique.

Traditionnellement, on utilisait d‟une part des espèces pour lesquelles il y a peu de demande en consommation humaine directe (comme l’anchois au Pérou) et d’autre part, des excédents de captures, des rejets de pêche et des résidus de transformation.

Aujourd’hui, en raison d‟une demande accrue sur les principaux marchés internationaux, offrant des prix très rémunérateurs, les usines de farine de poisson se multiplient, y compris en Afrique de l’Ouest.

La farine de poisson est utilisée pour l’alimentation des animaux aussi bien terrestres (porcs, poulets…) que marins. La production mondiale est destinée pour 46% à l’aquaculture, 24% à l’alimentation des porcs, 22% aux ruminants, et le reste aux animaux domestiques et produits pharmaceutiques. La farine de poisson entre pour environ 68% dans la fabrication de l’aliment aquacole qui sert à l’alimentation des poissons d’aquaculture.

 

Photo : Aprapam

 

PROBLEMATIQUE DE LA PRODUCTION DE LA FARINE DE POISSON

Les dangers liés à l’implantation croissante d‟usines de production de farine de poisson en Afrique de l’Ouest incluent principalement :

 

Continuer la lecture

Poissons, l’élevage vide les océans

Les poissons d’élevage sont souvent nourris avec de la farine produite à base de poissons sauvages. Un processus qui vide les mers et qui désorganise toute une économie en Afrique.

 

Photo : Aprapam

 

L’aquaculture est en plein boom. La consommation de poissons d’élevage dépasse celle de poissons sauvages. La particularité de cette industrie est que les élevages sont nourris à base de poissons sauvages. Chaque année, 20 millions de poissons sauvages servent à nourrir d’autres poissons. La farine de poisson est vitale pour l’élevage, mais constitue une menace pour notre biodiversité marine.

De moins en moins de poissons

Les mers du Sénégal sont réputées pour faire partie des eaux les plus poissonneuses du monde. En quelques années, une dizaine d’usines de farine de poissons se sont installées sur les côtes sénégalaises. Dans cette usine, la plupart des farines vont partir vers le Japon. Installé depuis plus de 10 ans, ce producteur sénégalais a vu les concurrents chinois, russes ou encore marocains s’installer. « La pêche et la production ont beaucoup baissé, mais la demande est très forte. Le poisson se fait rare. Maintenant on va jusqu’en Casamance, en Gambie, à n’importe quel moment de l’année », déplore le propriétaire de l’usine.

 

Pour consulter la vidéo de France 2 sur la farine de poissons sauvages : Poissons : l’élevage vide les Océans

 

Source : France 2 France Télévisions.