INCOHERENCES ET INTERROGATIONS

Photo : Aprapam

 

«Le  Sénégal ne risque-t-il pas d’être importateur de poisson dans quelques années? »


Ces mois derniers sont parus dans la presse beaucoup d’articles sur la pêche maritime notamment sur : le manque de poisson, les usines de farine de poisson et la subvention de moteurs hors-bords.

Les statistiques disponibles mettent en évidence plusieurs incohérences dans la gouvernance du secteur et soulèvent, de notre part, plusieurs interrogations. De même, les mesures incitatives prises naguère et à juste raison, semblent, à  présent, non pertinentes. Ces différents points avec d’autres vont être développés dans les lignes qui suivent.

 

Les exportations de petits poissons pélagiques en hausse constante.


En 2015, les exportations totales de produits halieutiques ont été de 188.463 tonnes (T), avec une valeur commerciale de près de 195 milliards de FCFA, soit  par rapport à 2014, une augmentation d’environ 25% en poids et 9,4% en valeur. Il apparait que de 74.022 T en 2006,  les exportations  ont  été multipliées par 2,5 pour atteindre les  188.463 T en 2015.

En outre, entre 2011 et 2015, les exportations de sardinelles rondes, en passant de 3.406 à 40.687T ont été multipliées par 12 et celles de chinchards par 2, en évoluant de 16.519 à 33.234 T. Ces deux espèces sont celles qui agrémentent  le plus, le  riz au poisson servi dans bon nombre de familles sénégalaises, ainsi que dans les petits restaurants qui font le bonheur des travailleurs déjeunant en dehors de leurs  foyers.

Enfin, il faut rappeler, qu’il fut un temps où le Sénégal pouvait se réjouir des résultats de ses exportations. En réalité, ces résultats sont dus aux incitations notamment fiscales accordées  par l’Etat dans le cadre  des régimes francs en vigueur. Eu égard à la forte augmentation des exportations de sardinelles, espèce qui fait le plus, l’objet d’une consommation directe des populations, une réflexion, à la fois, sur les exportations et sur les incitations fiscales, en vue de les réajuster éventuellement, ne doit-elle pas être engagée?

 

Les usines de  farine de poisson.


Pendant plus de 40 ans, il n’existait au Sénégal que deux usines de farine de poisson qui transformaient des déchets de filetage. Après 2010, ce nombre a augmenté et il y en aurait maintenant  près d‘une dizaine.

Devant le nombre d’usines de farine et l’importance des  tonnages de poisson traités au détriment de la consommation humaine, nous nous demandons s’il ne faudrait pas geler l’implantation de nouvelles fabriques d’autant plus qu’au Sénégal, la capacité de production des usines ne semble pas être une préoccupation, alors que cette donnée est importante ? En  effet, il faut «brûler» cinq tonnes de poisson frais, pour obtenir une tonne de farine.

Les exportations de farine de poisson qui n’étaient que de 990 T (4.950 T en frais) en 2006,ont atteint 6.288 T (31.440 T équivalent poids vif)en 2015.A notre avis, les unités en activité devraient être encouragées à  transformer des déchets et en revanche, il leur serait attribuées des quotas de poisson en fonction de la disponibilité de la ressource, des besoins du marché local de consommation en frais et de ceux de la transformation artisanale.

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