Logo Jenelek

Association pour la Promotion et la Responsabilisation des Acteurs de la Pêche Artisanale Maritime

Où va la pêche ? Ne sabordons pas le navire !

Où va la pêche ? Ne sabordons pas le navire !

lire la suite


Lettre ouverte du GAIPES à Monsieur Alioune NDOYE, Ministre des Pêches et de L’Economie maritime sur 52 demandes de promesses de licences de pêche destinées à des navires chinois

lire la suite


Arrivée massive de bateaux chinois et turcs : menace sur les ressources et les communautés de pêche artisanale

lire la suite


« Promesses » de licence de pêche industrielle : l’Etat prend-il ses responsabilités ?

lire la suite


Après les bateaux russes, bientôt les chinois ?

lire la suite


il y a 8 ans, 3056, catégorie : Contributions


Le repos biologique observé au Sénégal : nécessité de procéder à son évaluation

Photo : Ivano Trabalza

« On leur montre la lune, ils regardent le doigt»

Le principe d’instaurer une période de fermeture annuelle de la pêche est une des recommandations des concertations nationales sur la pêche et l’aquaculture, tenues à Dakar, en novembre 2000. Ainsi, le repos biologique a été prévu dans le protocole 2002-2006 de l’accord de pêche Sénégal-Union Européenne. A partir de 2003, la mesure a été observée par tous les chalutiers autorisés à pêcher dans les eaux sénégalaises.

La présente contribution n’a d’autre ambition que de fournir aux sénégalais des informations sur une mesure qui fait l’actualité, suite à la « sortie » de Greenpeace Afrique, qui dans un communiqué du 21 septembre 2011, largement diffusé et abondamment commenté aussi bien par la presse en ligne, que par la majorité des quotidiens et hebdomadaires locaux.

Pour une bonne compréhension de cette mesure de gestion des pêches, après un rappel de sa définition scientifique et de sa base légale, sont successivement traités l’évolution de la situation de la pêche maritime au Sénégal de 2000 à 2009 et les conclusions qu’il faudrait en tirer.

Le repos biologique

Avant l’instauration du repos biologique, le Centre de Recherches Océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT) a produit un document intitulé « Réflexion sur l’opportunité d’instaurer le repos biologique au Sénégal ». Sur la base de ce texte, la mesure a été mise en œuvre en 2003.

Le repos biologique, par instauration d’une fermeture pluriannuelle, annuelle, ou saisonnière de certaines zones de reproduction ou de nourriceries à toute activité de pêche artisanale et industrielle, est une des approches utilisées en gestion des pêches qui, combinée avec d’autres mesures, peut contribuer positivement à la reconstitution de stocks surexploités et/ou permettre une exploitation durable des ressources halieutiques. 

L’application du repos biologique ne doit, en aucune façon, être exclusive, elle doit être associée à d’autres techniques de gestion des ressources halieutiques que sont : le contrôle des mailles des filets, la surveillance des zones de pêche interdites. L’utilisation de certains engins de pêche artisanale dans les zones sensibles baies et estuaires, en particulier, doit également être interdite, il s’agit de la senne de plage, de la senne tournante et des filets dérivants qui constituent une menace pour quelques espèces démersales côtières ayant une phase larvaire pélagique, ainsi que pour les juvéniles des barracudas, crevettes, thiofs et machoirons notamment. Enfin, on doit veiller au respect des tailles minimales marchandes des poissons.

Compte tenu de l’existence d’un très grand nombre d’espèces (ressources multi-spécifiques) et de périodes de pontes étalées sur toute l’année, de plusieurs types d’exploitation (artisanal et industriel) et d’une forte diversité d’engins de pêche et de cibles potentielles (pêcherie multi-engins), deux scenarii ont été explorés par le CRODT : la protection de la reproduction durant les périodes mai-juin ou octobre-novembre, celle du recrutement des juvéniles, juillet-septembre ou août-septembre. Au Sénégal, c’est l’option protection de la reproduction qui a été retenue.

La période qui a la préférence du CRODT est mai-juin retenue en Mauritanie, finalement c’est la période septembre-octobre qui coïncide avec le 2eme pic de ponte des poissons qui a été choisie. Ce choix est consécutif à l’insistance de l’UE qui à l’occasion des négociations du protocole 2002-2006, a veillé à ce que ses bateaux ne soient pas interdits de pêche, en même temps, en Mauritanie et au Sénégal. Ainsi, la concession faite à l’UE a été étendue à tous les chalutiers, eu égard au principe de non discrimination inscrit dans le protocole précité.

L’administration des pêches a essayé, dès 2003, d’imposer une période de repos biologique du 1er septembre au 31 octobre, chaque année. Elle s’est heurtée aux réticences des armateurs qui acceptent difficilement de devoir s’arrêter de pêcher, alors qu’au même moment, la pêche artisanale-qui assure 80 à 85 % des captures-est, elle, autorisée à poursuivre ses activités.

C’est ainsi qu’après concertation, un consensus portant sur un repos biologique d’un mois a été retenu et est entré en vigueur en 2006. Ceci, apparaît comme un compromis entre les positions respectives de ceux qui tiennent à faire observer une suspension de la pêche limitée à la seule pêche industrielle et de ceux qui ne conçoivent l’instauration de cette technique de gestion, que si elle est appliquée aux deux sous secteurs industriel et artisanal. C’est sur ce point et non sur l’observation d’un repos biologique, en lui-même, que portent les réticences des industriels, non convaincus de l’efficacité d’une mesure appliquée de manière incomplète. Il n’en demeure pas moins que les industriels sont soucieux de la pérennité des ressources halieutiques, pérennité gage de la rentabilité des importants investissements qu’ils ont réalisés. Le compromis en vigueur depuis 2006 ne devait donc pas être remis en cause, cette année.

Comme confirmé par un chercheur du CRODT qui « travaille sur les poissons démersaux », dans la livraison du 20 février 2004 du quotidien Walfadjri, le repos biologique n’a de sens que si les armateurs et les pêcheurs artisans, arrêtent leurs activités de pêche pendant toute la durée de la période fixée, étant donné que c’est la réduction de la pression globale de pêche qui est recherchée.

Enfin, il est à noter que, contrairement au Sénégal, la Mauritanie et le Maroc observent depuis près d’une vingtaine d’années des périodes de repos biologique qui concernent tant la pêche artisanale que la pêche industrielle.

S’agissant du slogan « DONNONS UNE CHANCE AU THIOF », c’est le lieu de souligner que, Epinephilus aenus, est un poisson de haute valeur commerciale. Il est principalement ciblé par la pêche artisanale, les prises totales étaient de 5.000 tonnes dans les années 84-87 mais depuis, elles sont en forte diminution et n’atteignent plus les 1.500 tonnes (source Martial LAURANS, Didier GASCUEL, Mariama BARRY).

La forte diminution des captures de thiof est, du reste, confirmée par les résultats généraux de la pêche maritime publiés, chaque année, par la Direction des Pêches Maritimes (DPM): les prises sont estimées respectivement à 898 tonnes pour la pêche artisanale et 162 tonnes pour la pêche industrielle en 2007, de 1.306 tonnes et 57 tonnes en 2008 et de 2.173 tonnes et 72 tonnes en 2009.

Pour éviter l’effondrement des stocks de thiof, il faut un strict respect de l’interdiction de la pêche des thiofs et des badèches d’une taille inférieure ou égale à 20 cm ainsi que leur exportation, conformément à la législation en vigueur (art 37 du décret 98-498), voire décréter l’arrêt pur et simple de la pêche de cette espèce menacée de disparition. Ces deux mesures sont plus indiquées qu’un repos biologique de 2 mois. Dès lors, la dénonciation de la réduction de la période de repos biologique de 2 à 1 mois n’est pas pertinente, étant donné, il faut le rappeler, que c’est la réduction de la pression globale de pêche qui est l’objectif visé.

Le Garoupa, cité par Greenpeace Afrique, est connu au Sénégal sous l’appellation mérou à points bleus, kèle ou khonké en wolof, son nom scientifique est Cephalopholis taeniops. Il appartient à la même famille que le thiof qui, il faut le souligner, peut vivre 40 ans (Harmelin et al. 1999 ; Hichem et al. 1999).

Photo : Aprapam

Base légale de l’instauration de périodes de repos biologique au Sénégal

La base légale du repos biologique est le code de la pêche maritime (loi 98-32 articles 21 et 28, décret 98-498, article 41). Des arrêtés pris en application des articles précités fixent les périodes de fermeture de la pêche. Il s’agit des arrêtés n°7441 du 10 novembre 2003 prévoyant 3 périodes de repos biologique selon le type de pêche et celui référencé 5165 du 8 aout 2006, qui fixe une période unique pour tous les métiers ciblant les poissons démersaux. Le 2ème arrêté, abroge et remplace le 1er.

Evolution de la situation de la pêche maritime entre 2000 et 2009

La physionomie de la pêche maritime sénégalaise a beaucoup évolué entre 2000 et 2009. De l’analyse de la situation, il apparait ce qui suit (Source : DPM) :

  • les débarquements de poissons démersaux par les chalutiers 52.136 tonnes en 2000 ne font plus que 41.214 en 2009. Elles baissent régulièrement depuis 2006 ;
  • durant la période 2002-2009, le nombre de pêcheurs artisans recensés est passé de 51 921 à 59 387 hommes ;
  • les captures totales ont oscillé entre 338 208 tonnes en 2000 et 401 842 tonnes en 2009 ;
  • réduction du nombre d’établissement à terre de 84 en 2000 à 60 en 2009, dont 30 seulement ont une activité régulière toute l’année.
  • la capacité de pêche industrielle déployée 32.601 TJB pour 213 chalutiers en 2000, n’est plus que de 95 chalutiers soit 15.219 TJB en 2009 ;

Nécessité de procéder à une évaluation du repos biologique

Depuis 2003, un repos biologique est instauré et appliqué uniquement à la pêche chalutière, entraînant une controverse qui ne cesse de s’amplifier. Il est donc impérieux de procéder à son évaluation dans un contexte caractérisé, entre autres, par l’absence de plans de gestion des pêches, la faiblesse des structures chargées de la gestion des pêcheries ainsi que l’absence d’un véritable système de suivi, de contrôle et de surveillance.

Une étude mérite d’être commanditée à ce propos, en exploitant les données recueillies de 2003 à ce jour, en comparant quantitativement les résultats biologiques et économiques escomptés aux conséquences sociales, économiques et politiques de l’application de la mesure et in fine, se prononcer sur l’opportunité de la poursuite de la mesure, en identifiant les éventuelles améliorations à y apporter.

Dr Sogui Diouf, vétérinaire